Embauché comme animateur avant même que la première Maison de quartier ne soit construite, il a connu les prémices de la naissance du centre social fosséen.

L’arrivée à Fos de Bernard Gouin, en 1988, est directement liée à l’histoire du centre social fosséen, avant même que celui-ci n’existe ! En effet, il travaillait auparavant au centre social d’un quartier sensible de La-Seyne-sur-Mer (Var) et c’est en tant qu’animateur qu’il est recruté par la Ville de Fos-sur-Mer, pour une structure qui n’est alors qu’un projet : « J’ai commencé le 1er mai 1988 et les travaux de construction de la Maison de quartier du Mazet ont débuté en juillet », se souvient-il. À l’époque, il travaille tout seul, dans l’attente de la fin du chantier : « J’étais installé dans le préau de l’école primaire et j’accueillais tous les jours une dizaine de gamins pour leur faire faire des travaux manuels et diverses activités. Un jour, j’ai distribué un papier aux élèves pour proposer à leurs parents une réunion, pour savoir ce qu’ils souhaitaient. Je m’attendais à voir cinq ou six parents et je me suis retrouvé devant soixante personnes qui me demandaient : "Qu’est-ce que vous allez faire pour nos enfants cet été ?" (Rires) Tout cet été-là, justement, je me suis posté à l’ombre, sous le préau, et j’ai aussi organisé de nombreuses activités : roller, vélo, piscine, cabanes dans les arbres - à l’époque, il y avait 10 ou 11 000 habitants à Fos et le quartier du Mazet était à la campagne... La Maison de quartier a été achevée en novembre 1988 et une secrétaire à mi-temps est venue m’y rejoindre. On a essuyé les plâtres ! » Le travail ne manquait pas, avec la sociologie particulière du quartier : « Beaucoup des habitants du Mazet venaient de Port-de-Bouc, Martigues ou Istres, en accession à la propriété, parce qu’il s’agissait d’un quartier nouveau. Ils étaient très justes financièrement, avec souvent trois enfants... Les seules activités pour eux, c’était au centre aéré, mais il ne pouvait absorber toutes les demandes. Alors il y avait plein de petits entre 4 et 11 ans dans la rue. » Mais s’occuper des enfants implique de connaître leurs besoins et leur contexte familial : « J’ai toujours travaillé avec les familles, pas seulement avec les enfants, appuie Bernard Gouin. Dès l’ouverture de la Maison de quartier, il y avait une cafétéria et j’invitais les mamans à prendre en café pour discuter avec elles. » Un lien qui s’avèrera ensuite précieux : « Le premier travail social que j’ai accompli a été de créer un accompagnement scolaire, qui n’existait pas à Fos, avec des mamans bénévoles. Certaines familles n’arrivaient pas à suivre les études des enfants, par exemple parce qu’elles ne parlaient pas bien le français. Certaines aussi ne partaient jamais en vacances, alors j’ai organisé deux étés de suite un camp de vacances familiales. C’était financé par la Caisse d’allocations familiales et ça ne coûtait rien à la Ville : la seule chose qu’elle mettait à disposition, c’était moi ! » Point d’orgue de ces prémices du centre social, la journée du 24 juin 1989, qui reste encore gravé dans la mémoire de l’ancien animateur : « J’avais proposé qu’on organise une soirée pour les feux de la Saint-Jean ; on avait acheté des lampions, ramassé des canisses pour les y accrocher. Le soir du 24, on est parti à 50 de la Maison de quartier pour faire le tour du Mazet à pieds, avec nos lampions et un camion qui diffusait de la musique. On est revenu à notre point de départ à 1000 ou 1500 personnes ! » Aujourd’hui, à 67 ans, Bernard Gouin a rejoint le Conseil d’administration du Centre social fosséen depuis trois ans : « C’est une belle machine, apprécie-t-il. On a la chance d’avoir une municipalité qui la soutient financièrement – je ne dis pas ça par flagornerie. C’est le nerf de la guerre… » 

"J’ai toujours travaillé avec les familles, pas seulement avec les enfants."