Cette jeune retraitée a créé sa « Bibliothèque en partage », où chacun peut venir amener des livres et s’y servir, en toute autonomie, sans aucune obligation. Et ça marche !

Annie Tessier est venue de sa Normandie natale dans le sud il y a 30 ans - et depuis 27 ans à Fos : « C’est la première fois que nous restons vivre aussi longtemps quelque part, j’aime ma ville, proclame-t-elle. Pour avoir habité dans plein d’endroits différents, qu’est-ce qu’on est gâté ! Sur le plan culturel notamment : des avant-premières de cinéma à 3,60 €, des spectacles nationaux au théâtre… ».

Avec son mari Didier, bénévole de la Réserve communale de sécurité civile depuis 25 ans et chanteur au sein de deux chorales, la famille se sent parfaitement intégrée à Fos-sur-Mer. Annie est à la retraite depuis trois ans, après une carrière débutée dans l’Éducation nationale et achevée comme animatrice dans une maison de retraite.

Elle consacre aujourd’hui beaucoup de temps à sa « Bibliothèque en partage ». « Ça faisait tellement longtemps que je voulais le faire, explique-t-elle. J’ai eu l’idée un jour où mon mari rangeait le garage. Comme je suis incapable de jeter un livre et qu’il y en avait beaucoup, il m’a demandé : "Qu’est-ce que tu vas en faire ?" Je lui ai répondu que j’allais les donner. Alors j’ai mis un carton sur le muret devant chez moi avec la mention "Servez-vous". Puis deux cartons, puis trois… À ce moment-là, je me suis dit que j’allais faire autrement. » Ce sera la « Bibliothèque en partage », lancée le 31 août 2018.

Entre les livres et Annie, c’est une très longue histoire d’amour : « J’ai toujours baigné dedans. Quand j’allais en vacances l’été chez mes grands-parents, ça durait deux mois et demi et j’amenais une montagne de livres ; je les lisais tous ! » La bibliothèque d’Annie met tout simplement des ouvrages à la disposition de chacun, l’hiver dans la courette de son domicile, dans une armoire qui ferme pour défier les intempéries, ainsi que dans un sas vitré, sur des étagères, et l’été à l’extérieur.

Au départ, les livres proposés étaient les siens, puis les gens se sont mis à en amener.

« Je retrouve des sacs pleins de livres, je ne sais pas qui les dépose. Il y en a une trentaine de nouveaux chaque jour et, l’été, jusqu’à 50. Il y a de tout : des romans d’aventure, d’amour, des livres de bricolage, de cuisine, des classiques qu’on étudie à l’école, des ouvrages pour enfants, des BD… J’y consacre une heure tous les matins : je les prends en photo et les poste sur Facebook, pour présenter les nouveautés. » Tout se passe dans la bienveillance : « Je fais confiance aux gens. La courette et le sas de mon domicile sont en accès libre ; il n’y a jamais eu aucune dégradation. Les gens sont respectueux. » Mais qui donc fréquente la courette du lotissement la Jonquière, place des Gardians ? Mystère : « Je croise très peu ceux qui viennent, je ne sais pas qui amène des livres et qui en prend. Quand je rentre des courses et que je vois que des livres ne sont plus là, je suis contente, je me dis qu’ils se promènent et que c’est très bien. Des enfants découvrent ainsi la lecture : il y a des mamies qui passent toutes les semaines avec leurs petits-enfants, en rentrant du marché.Un jour, j’ai vu un petit garçon d’une douzaine d’années, un livre à la main, qui a pris peur et m’a dit : "Je ne vais pas le voler, Madame !" Je lui ai dit de prendre tous les livres qu’il voulait et il m’a alors répondu que ses parents ne lui avaient jamais acheté de livres et qu’il lisait depuis qu’existait cette bibliothèque. »

Aujourd’hui, autogérée dans le respect et la générosité de ses usagers, pour tous et par tous, plus d’une centaine de livres vous y attendent : on applaudit !