« An eight years project » (un projet de huit ans) : ainsi la sociologue des sciences et des technologies américaine Barbara Allen (Virginia tech university) a-t-elle introduit hier soir, dans la salle du conseil de l'Hôtel de ville, la réunion publique de restitution finale des résultats de Fos Épseal (Étude participative en santé-environnement ancrée localement). « Depuis 2013, dirigée par Barbara Allen, l’équipe Fos Épseal travaille sur les questions de santé environnement dans la zone industrielle de l’étang de Berre, résume son site officiel. Dans cette perspective, des études qualitatives classiques en sociologie et des méthodologies issues de l’épidémiologie populaire ont été mises en œuvre dans deux villes du front industriel de la l’étang de Berre, Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, et dans une autre ville située à 30 km de Fos-sur-Mer, Saint-Martin-de-Crau. Ainsi a été mis en œuvre la méthodologie Épseal, qui combine méthodologies quantitatives et qualitative, afin de produire des connaissances en santé environnementale ancrées localement en associant étroitement les habitants, citoyens et travailleurs des villes étudiées à toutes les étapes de la recherche : de la construction de l’objet scientifique et du questionnaire d’enquête, à l’interprétation des résultats et à la réflexion sur leur utilisation, en passant par l’analyse des données collectées auprès des habitants, jusqu’à la valorisation et la dissémination des résultats. » Et quels sont donc lesdits résultats ?

Asthme, cancers et diabètes

 Les 400 installations industrielles, raffineries de pétrole, terminaux méthaniers, industries chimiques, métallurgiques, dépôts pétroliers, incinérateurs et aciéries (dont 58 sites Seveso) de la zone industrielle la plus importante du sud de l’Europe affectent les organismes de leurs riverains. C'est l'impitoyable conclusion de Fos Épseal : « Les habitants des deux villes de front industriel présentaient des prévalences pour les problèmes nez-gorge (adultes et enfants), les problèmes de peau chroniques, les irritations des yeux et les maux de tête (adultes) plus importantes que pour ceux résidant à l’écart de la zone (Saint-Martin-de-Crau). Une forte tendance similaire était observée pour les diabètes, corroborant les vives interrogations des acteurs locaux sur le front industriel, notamment à propos de la prévalence du type 1, précise la synthèse des résultats de l'étude. Par ailleurs, les résultats de l’étude ont permis de suggérer dans les villes étudiées une prévalence plus élevée pour certains indicateurs de santé par rapport aux données nationales disponibles dans les 3 villes, pour les pathologies chroniques dans leur ensemble, les cancers, l’asthme et les diabètes, notamment de type 1. » De façon très marquée : les personnes ayant eu au moins un cancer (10,6%) sont plus nombreuses à Fos et Port-Saint-Louis qu'à Saint-Martin-de-Crau (9,4%) et qu'en France (6%), spécialement pour les femmes (14,5% localement, contre 5,4% en France) ; en ce qui concerne les diabètes, ils affectent 11,9% des populations fosséenne et port-saint-louisienne, contre 5,6% dans le reste de l'hexagone. L'asthme, enfin, concerne 15,8% des personnes sondées, contre 10,2% des Français. Un dernier chiffre résume ce triste constat : 63,6% des personnes interrogées présentent au moins une pathologie chronique (irritation des yeux, symptômes nez-gorge, maux de tête, problèmes de peau), contre 37% nationalement. Que faire alors, dans cette situation ? François Lalande, trésorier de l'Association de défense et protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), représentant le président Daniel Moutet excusé, a suggéré : « C'est à nous, citoyens, de nous mobiliser ». Avec le soutien de leurs élus, qui ne se dément pas en la matière. Barbara Allen a du reste chaleureusement remercié pour leur concours Jean Hetsch, l'actuel maire de Fos-sur-Mer, ainsi que son prédécesseur, René Raimondi.