Chloé Lefèvre, psychologue clinicienne spécialiste de l’enfance, était invitée le 23 novembre par la direction de l’Éducation à donner une conférence sur la préadolescence, d’abord pour les professionnels de la Ville, qui travaillent au quotidien avec les enfants, puis à destination des parents. Pourquoi la préadolescence ? C’est la première question à laquelle la psychologue s’attache à répondre : « Nos jeunes, aujourd’hui, à partir de 9-10 ans, ont tendance à adopter des comportements d’adolescents, analyse-t-elle. Ils commencent à vouloir s’opposer, négocier, argumenter, à vouloir affirmer leur personnalité… Ce qu’on va voir par exemple pour le style vestimentaire. Ils sont dans un entre-deux, entre l’enfance et l’adolescence. » À quoi cette évolution serait-elle due ? La clinicienne avance une explication : « Ils ont accès à des images et des informations perpétuellement, il y a une stimulation permanente, voire une sur-stimulation. C’est aussi notre société de consommation qui veut ça : on est dans la demande de satisfaction du tout, tout de suite. Certains petits de 8 ans commencent à réclamer un téléphone portable ! Quand on tape une requête sur Google ou le titre d’une chanson sur Youtube, on a la réponse immédiatement. Mais dans la vie, ça ne se passe pas comme ça… » Cette émergence d’un stade de la préadolescence peut être éventuellement corrélée avec la puberté de plus en plus précoce chez les jeunes filles, avec les premières règles parfois dès 9 ou 10 ans : « Il y a des hypothèses qui l’expliqueraient par l’action des perturbateurs endocriniens », note Chloé Lefèvre.

Pas plus d’une heure par jour

Quoi qu’il en soit, comment réagir face à ces comportements de préadolescents ? « Avec ma grande, qui a 12 ans, je vis la même chose que vous », précise la psychologue aux parents, qu’elle invite à exposer les situations qu’ils vivent. Une maman aborde alors la règle qu’elle a instaurée avec son fils de 12 ans : un contrôle parental sur son téléphone et une heure maximum de connexion par jour, à l’exception du dimanche, pour « rester en famille ». Le rejeton lui réclame la levée de ce contrôle parental, mais Chloé Lefèvre conforte la maman dans sa décision : « Ils ne sont pas capables de gérer le temps qu’ils y passent. Même nous, parfois, ça nous arrive ! Ils ne peuvent pas fixer une limite eux-mêmes, c’est à nous de le faire. » La maman poursuit son témoignage, indiquant qu’elle accordait auparavant deux heures de connexion à son fils, mais qu’il « devenait fou ». Réponse de la clinicienne : « C’est normal. Les stimuli qu’ils reçoivent sont uniquement visuels, or ils ont aussi besoin de se défouler physiquement. » Prévoir par conséquent une sortie dans le jardin ou au parc, pour l’équilibre de l’enfant. Autre conseil, s’intéresser aux jeux auxquels ils jouent et regarder l’historique de la navigation, pour savoir ce qu’ils font quand ils sont connectés. Les accompagner également en leur apprenant ce qu’on peut écrire ou pas lorsqu’on est sur un chat : « Ils n’ont pas conscience de l’effet que peuvent produire les propos qu’ils écrivent, du mal qu’ils peuvent causer. Il faut aussi leur apprendre à se protéger eux-mêmes : ne pas donner leur nom, ni leur adresse, quand ils parlent avec quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. On les prévient de ne pas parler aux inconnus dans la rue ; il faut le leur dire aussi pour les réseaux. » Une autre maman raconte qu’elle a regardé les informations télévisées avec sa fille de neuf ans et demi et que celle-ci a été choquée par les sujets évoqués, qu’il s’agisse de harcèlement scolaire ou de rixes entre jeunes. « Je déconseille les informations à la télé jusqu’à un âge avancé, s’engage la psychologue. Il faut éviter le choc des images. Il vaut mieux privilégier le papier. Il existe par exemple Mon petit quotidien qui est très bien pour les informer. » Sont également abordées les métamorphoses physiques : « Même s’il s’agit pour vous d’une blague, ne plaisantez pas avec ça, ils sont à cet âge-là ultra susceptibles ! Il faut les comprendre : c’est leur image qui change, eux-mêmes ne se reconnaissent plus, ils sont mal à l’aise avec leur corps… » La psychologue conseille également aux parents d’aborder avec leurs enfants les notions d’intimité et de consentement, de ce qu’on peut montrer ou pas, notamment en ligne... Compliqué, tout ça ! « Le métier de parent n’est pas facile, j’avoue... On se trompe, on fait des erreurs… Mais on fait des choses bien aussi ! On fait de son mieux. »