Un mari normand, un père breton et une mère du nord de l’Italie, près de l’Autriche, mais peu importent les origines : « Quand on est bien quelque part, on est chez soi », affirme Marina Jacquin. Et en Provence, Marina est assurément chez elle, présidant l’association Fos costumes d’antan – et membre de Fos lengo nostro. Les habitués des commémorations la connaissent bien, elle qui participe aux trois défilés (11 novembre, 8 mai et 14 juillet), habillée en Arlésienne. Attachée à promouvoir ces traditions provençales qu’elle aime tant, elle rayonne dans les villes alentour, au gré des invitations. C’est ainsi qu’elle va dresser cette année une table du Noël traditionnel de Provence dans un collège de Saint-Mitre-les-Remparts. Nous lui avons demandé de nous servir de guide.

Un couvert de plus pour le pauvre

« On commence par mettre trois nappes blanches superposées : la première pour le gros souper du 24, la deuxième pour le déjeuner du 25 et la troisième pour le lendemain. Avant de partir à la messe de minuit, on attache les nappes aux pieds de la table, pour empêcher que le diable ne vienne pendant qu’on est à l’église ! » Trois nappes, donc, mais aussi un candélabre à trois branches ou trois bougies, le nombre 3 représentant la sainte trinité. Sur la table aussi, le blé qu’on aura mis à germer à la Sainte-Barbe, dans une soucoupe avec du coton. « C’est un symbole de fertilité, signifiant la prospérité pour les agriculteurs », explique Marina. On peut ensuite passer au dressage des couverts : « Si on est six à table, on met sept couverts, pour le pauvre qui viendrait ». Passons au menu du gros souper, pris après la messe de minuit : « On y met tout ce qu’on veut sauf de la viande, précise notre experte en traditions provençales. Poisson, anchoïade avec son céleri, côte de blette en sauce, potage, légumes divers, coquillages et crustacés, escargots et omelettes en quantité, diversement garnies », énumère-t-elle. Avant de s’étendre sur l’aigo boulido : « C’est un plat pour les pauvres gens. On fait bouillir dans l’eau de l’ail, du thym, de la sauge et l’on ajoute à la fin une cuiller à soupe d’huile d’olive. On le mange avec un morceau de pain rassis : l’aigo boulido sauvo la vido (sauve la vie), dit-on. » Et puis il y a les fameux treize desserts : « Les catholique disent que le nombre 13 représente Jésus et les apôtres, mais il n’est pas fait mention de 13 desserts avant 1925. Je me suis documentée là-dessus : c’est le docteur Joseph Fallen, majoral du Félibrige d’Aubagne, qui l’a inventé dans un article qu’il a rédigé pour le journal marseillais La Piñata. Il écrit : "13 desserts, plus si vous voulez mais jamais moins". » Pompe à l’huile, mendiants (noix, noisettes et amendes), nougats blanc et noir, fruits variés (figues, dattes, raisins, pomme, poire…) : il n’existe pas de liste précise et chacun y met un peu ce qu’il veut. Terminons la leçon de traditions avec le cacho fiò : « C’est un morceau de tronc d’arbre fruitier qu’on place dans la cheminée où il doit bruler trois jours, porté par le plus jeune et le plus ancien de la famille, qui l’arrosent de vin et font trois fois le tour de la table en disant : "Cacho-fiò, Bouto-fiò, alègre, alègre, Dièu nous alègre, Calèndo vèn, tout bèn vèn, Dièu nous fague la gràci de veire l’an que vèn, E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens" » (Bûche de Noël, Donne le feu, Réjouissons-nous, Dieu nous donne la joie, Noël vient, tout vient bien, Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient, Et si nous ne se sommes pas plus, Que nous ne soyons pas moins).