Et soudain, tout bascule dans l’horreur : « Je m’en souviendrai toute ma vie, témoigne Valeriia Pampukha. Quand je me suis couchée le mercredi soir, l’Ukraine était sous état d’urgence et le jeudi 24 février au matin, en me levant à 6h, j’ai ouvert les infos et vu une vidéo où notre président annonçait la guerre et les bombardements ! » Citoyenne ukrainienne âgée de 27 ans, elle vit en France depuis six ans : « Quand j’étais étudiante à l’université de Kyïv [orthographe ukrainienne de Kiev, utilisée à la demande de notre interlocutrice], j’ai participé à un programme d’échange avec l’université de Genève, où j’ai passé un an. Ensuite, je ne pouvais plus rester en Suisse et j’avais le choix entre rentrer en Ukraine ou rester à l’étranger : j’ai choisi la France. » Elle y réussit de brillantes études universitaires, couronnées par un master 2 en management logistique et industriel en 2020. Elle intègre ainsi l’entreprise Ikéa et habite Fos-sur-Mer depuis octobre 2021. « À l’annonce de la guerre, j’ai appelé tout le monde, grands-parents, oncles, tantes et amis resté à Kyïv ou Zhytomyr, la ville où je suis née, pour savoir si tout allait bien. » Si elle ne parle pas de ses parents, c’est que par un hasard incroyable, ils étaient en France deux jours avant les premières bombes, venus fêter l’anniversaire de la sœur de Valeriia, qui vit elle aussi chez nous : « Ils n’avaient avec eux qu’une valise avec des vêtements pour quelques jours, mais ils sont restés en France, raconte-t-elle. Mon père a déjà trouvé du travail à Nice ! » Les collègues de la jeune femme se montrent d’emblée solidaires, venant prendre de ses nouvelles et lui demandant s’ils peuvent l’aider, si bien qu’elle organise une collecte en faveur du peuple ukrainien dans l’entreprise. « Quand on voit son pays en train d’être détruit, on ne peut pas rester là sans rien faire ! » Ces mots pourraient être repris par Lyudmyla Bobrova-Nunez, autre Ukrainienne de Fos-sur-Mer, en France depuis 2014 et son mariage avec un Fosséen. Elle aussi a organisé une collecte sur son lieu de travail, l’hôtel Ariane, où elle exerce la profession de gouvernante. Professeur de français à l’origine, elle s’est reconvertie dans cette voie, terminant major de sa promotion à l’Afpa ! Son fils, Artem, est toujours en Ukraine, affecté à la maintenance d’une unité sidérurgique à l’arrêt, mais son petit-fils et sa bru ont trouvé refuge en Tchéquie, tandis que sa nièce est hébergée dans un logement social de Fos-sur-Mer. Valeriia et Lyudmyla ne se connaissaient pas, mais elles ont toutes deux eu l’idée de contacter le maire de Fos : « La mairie a réagi très vite, se félicite Lyudmyla. J’ai été rappelée deux jours plus tard pour prendre rendez-vous en vue du rassemblement du 8 mars, le jour de mon anniversaire ! » Plus de 250 Fosséens participent ce jour-là à cette manifestation et à la collecte lancée par la Ville : « Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde, se souvient Valeriia. C’est très touchant, les gens sont solidaires ». Les deux femmes n’ont pas de mot assez durs pour le président russe : « Personne ne s’y attendait au XXIe siècle ! », s’insurge Lyudmyla, révoltée par les atrocités commises. Quant à Valeriia, elle traduit les témoignages de guerre pour les compiler sur un site Internet. Et elle a décidé, avec ses parents, de ne plus jamais parler russe, la langue qu’ils utilisaient auparavant. « Ce n’est pas que la guerre de Poutine, estime-t-elle. Les Ukrainiens sont persécutés par les Russes depuis très longtemps ! La guerre a d’ailleurs commencé il y a huit ans dans le Dombass. J’espère que cette guerre se termine vite et que la responsabilité des Russes sera reconnue. »

À lire aussi : Deux Ukrainiennes très Fosséennes

 

« Quand on voit son pays en train d’être détruit, on ne peut pas rester là sans rien faire ! »

 

Tous unis pour soutenir le peuple ukrainien