Malgré le mistral glacial balayant le parvis de l’Hôtel de ville de rafales à plus de 80 km/h, la population fosséenne est venue en nombre ce matin pour un ultime adieu au premier magistrat de la commune, Jean Hetsch, emporté lundi dernier par un cancer foudroyant. Élus, présidents d’association, comité seniors, conseil municipal des jeunes et employés municipaux, mais aussi les maires des villes voisines, celui de Marseille et le député de la circonscription, Pierre Dharréville, avaient tenu à honorer ainsi la mémoire de l’édile, accompagnés par des milliers de Fosséens anonymes. Les porte-drapeaux des anciens combattants ont fait flotter leurs étendards, ornés d’un crêpe noir en signe de deuil, pour accompagner l’arrivée du cercueil, entourée d’une haie d’honneur formée par les pompiers et les membres de la Réserve communale de sécurité civile. Tandis que résonnait le Let it be des Beatles (en français Ainsi soit-il), une salve d’applaudissements nourris a ponctué la progression du sarcophage jusqu’au catafalque.

« Adiéu Jean ! »

René Raimondi, maire de Fos de 2004 à 2018 qui avait fait du défunt son successeur, a pris le premier la parole, la voix brisée par l’émotion. « Qu’est-ce qui fait l’appartenance à une ville sinon ce qu’on lui donne et l’amour qu’on lui porte ? », a-t-il notamment déclaré, louant « l’humanité », « la générosité », « la simplicité » et « la gentillesse » du disparu, et « la tristesse infinie » ressentie par tous. « Je serai toujours fier de toi, Jean, de l’homme que tu as été, de l’ami que tu as été, du Fosséen que tu as été et que tu seras toujours », a conclu un René Raimondi en larmes, avant de lancer un déchirant « Adiéu Jean, adieu Jean ! ». Martine Vassal, présidente du Conseil départemental et de la Métropole, lui a succédé pour souligner « l’engagement » de l’élu local qu’était Jean Hetsch, en tant que maire comme en tant que conseiller départemental, « toujours à l’écoute de ses habitants », « fervent défenseur de la culture », saluant « son sens du dialogue » et son fort investissement « dans les projets environnementaux du département ». Un engagement également souligné ensuite par Christophe Mirmand, le préfet de Région, rappelant que le défunt maire était encore présent fin juillet pour accueillir à Fos le ministre des Transports : « Il nous avait présenté sa ville avec passion ». Le représentant de l’État a aussi vanté « une personnalité simple et chaleureuse », empreinte « de franchise et d’honnêteté », un « esprit pragmatique et combatif », « toujours préoccupé par le bien commun ». « Je m’incline avec respect devant la mémoire de Jean Hetsch », a conclu le préfet. Les enfants et filleul du disparu, Barbara, Marie et Maxime, ont enfin livré une lecture pleine de dignité du fameux texte de l’écrivain et théologien britannique, Henry Scott Holland : « La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce d’à côté. (…) Continuez de rire de ce qui nous faisait rire ensemble. (…) Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin. Vous voyez, tout est bien. » Une minute de silence a suivi, avant que les Fosséens ne forment une longue file pour venir s’incliner devant le cercueil. Des centaines de messages ont noirci les pages des registres de condoléances et l’urne n’était pas assez grande pour recueillir les dons au profit de l’Institut Paoli-Calmettes, si bien qu’il a fallu les ôter de leurs enveloppes. Jean Hetsch, Mulhousien d’origine arrivé dans le sud en 1988, a servi et aimé passionnément la ville de Fos. La foule présente ce matin a prouvé combien cette affection était réciproque.

Les adieux poignants d’une ville à son maire