« J'ai voulu participer à cet atelier parce que je trouve qu'on ne parle pas assez des violences faites aux femmes et qu'il faut en parler ! » : les neuf adolescentes - dont quatre sont élues au Conseil municipal des jeunes - réunies à la Maison des jeunes (MDJ) cet après-midi, pour la clôture de « Femmes puissantes : touche pas à ma pote ! », sont unanimes. Animé par Sophie de la MDJ, cet atelier les a occupées trois semaines, chaque soir de 17h30 à 18h30. Il a notamment fait intervenir la brigadière-chef Carine Bianucci du commissariat de Martigues, spécialisée dans la lutte contre toutes les formes de violences au sein de la police nationale, qui a présenté un exposé complet sur le sujet des violences faites aux femmes : « Nous avons appris beaucoup de choses », commentent les jeunes, découvrant toutes les formes différentes que peuvent revêtir ces violences. « Je ne savais pas que l'excision existait, j'ai été choquée ! », précise Elyne. La policière leur a aussi enseigné les codes pour demander de l'aide en toute discrétion : « par exemple entrer dans un restaurant et dire qu'on cherche Angela », pour signifier qu'on est victime de harcèlement de rue. 

Le cœur du projet a consisté en la réalisation de quatre saynètes en vidéo, illustrant les parcours de quatre « femmes puissantes » victimes de violences et qui ont su en faire une force pour marquer leur époque : l'actrice Hedy Lamarr, la gymnaste Nadia Comaneci, la mathématicienne et physicienne Catherine Johnson et l'animatrice, productrice et éditrice Oprah Winfrey. Sur la base de leur vécu, la comédienne et metteuse en scène Christine Hinque, qui intervient régulièrement auprès des jeunes avec sa structure H et Compagnie, souvent sur des sujets comme la confiance en soi ou la prise de parole en public, a proposé aux adolescentes fosséennes des scénarios, qu'elles étaient libres de s'approprier. « Nous nous sommes beaucoup amusées », témoignent les jeunes filles. « Elles ont été impliquées tout de suite, c'était un groupe exemplaire », apprécie Christine Hinque. L'animatrice de la MDJ approuve : « Elles ont pris sur leur temps personnel et modifié leur planning pour pouvoir être présentes tous les soirs. » Mylène Reginato, coordinatrice du CLSPD qui travaille (entre autres) sur le sujet tout au long de l'année, observe : « Elles étaient prêtes, parce qu'elles avaient été sensibilisées aux violences sexistes et sexuelles auparavant, par le volet Prévention du CLSPD. »

Ont donc été mises en scène des situations du quotidien où le thème des violences est suggéré : une fille traité d' « intello » parce qu'elle est trop brillance à l'école, qui finit par abandonner ses cahiers pour obéir à la pression des copines, une autre à qui ses parents refusent d'aller faire des études dans une grande ville, alors que son frère jumeau, qui a pourtant des résultats moins bons, y est autorisé, une sportive harcelée par son entraîneur, ou encore une fillette qui passe toutes ses vacances chez son oncle, dont on comprend qu'elle y est abusée...Très enthousiastes à l'issue de l'atelier, plusieurs jeunes filles en ont fait une restitution au collège, en cours de français, devant leurs camarades de classe. « Nous disposions d'un quart-d'heure au départ, mais il y a eu tellement de questions que la prof nous a laissées toute l'heure », se félicitent Alexa et Elyne. Carla, de son côté, a réalisé un diaporama sur le thème qu'elle a également présenté en cours. « On les a vues évoluer tout au long du projet, elles ne sont plus les mêmes », observe Mylène Reginato. Et Christine Hinque de conclure : « Je trouve cette action magnifique parce qu'elle fait de ces jeunes des ambassadrices ». Puisse cette génération faire que le fléau des violences faites aux femmes disparaisse en tant que phénomène systémique ! Un garçon était inscrit à l'atelier mais n'a finalement pas pu y participer. Dommage, mais partie remise.