Stocker l’énergie renouvelable

Porté par GRTgaz, gestionnaire principal du réseau de transport du gaz en France avec ses 32 000 km de canalisation, le démonstrateur Power to Gas baptisé Jupiter 1000 est testé sur Piicto, au sein de la pépinière d’entreprises Innovex. Il s’agit de capter l'électricité renouvelable pour stocker son surplus dans le réseau gazier, en la transformant en hydrogène et en méthane. En l’espèce, est utilisée de l'électricité captée depuis les quatre éoliennes présentes sur la Zone industrialo-portuaire pour la transformer en hydrogène par électrolyse.

Cet hydrogène peut ainsi être stocké dans les gazoducs, mais ces réseaux ne tolèrent qu'une proportion de 6%. D’où l’idée de transformer ensuite cet hydrogène en méthane de synthèse, gaz naturel identique à celui qui circule déjà dans les réseaux. C’est le procédé dit de « méthanation », qui absorbe et recycle le CO2, en l’occurrence directement prélevé dans les cheminées de l’usine Asco Industries !

 

L’intérêt est multiple : la possibilité de stockage longue durée de l’électricité renouvelable, mais aussi le remplacement du gaz fossile par du gaz « vert », renouvelable, et du gaz importé par une production locale, ce qui réduira la dépendance énergétique de la France. Pour un budget de 30 millions d’euros, le démonstrateur occupe une surface de 1,2 ha. La « première pierre » en a été posée le 18 décembre 2017.

Il vise à valider la fiabilité des process et évaluer la possibilité de bâtir un modèle économique pour lancer cette nouvelle filière en France. « Sans rentabilité, pas de filière », prévient Patrick Prunet, directeur du projet.

Un bilan sera tiré après trois ans de fonctionnement du démonstrateur.

 

Des algues dévorent la fumée des usines

 

Les prémices du projet Vasco remontent à dix ans, lorsque le Grand Port maritime de Marseille-Fos (GPMM) prend l’initiative de réunir industriels et collectivités pour réfléchir ensemble aux différentes possibilités de diminuer les émissions de CO2 en le recyclant. 

« C’est la première démarche collective qui s’interroge sur le développement durable, l’écologieindustrielle et le mieux-produire », note fièrement Michaël Parra, coordinateur du projet pour le GPMM

Les groupes de travail alors créés retiennent deux pistes : le Power to Gas (qu’explore depuis Jupiter 1000) et la bio-remédiation : trouver des solutions bio pour diminuer, voire éradiquer les émissions polluantes. La culture de micro-algues est retenue, avec du CO2 provenant de fumées industrielles. Chose faite en 2013, avec 15 à 20 partenaires et deux bassins, de 160 m2 et 10 m2, dans lesquels on injecte le CO2 d’ArcelorMittal, Solamat Merex et Kem One. Les micro-algues serviront à produire du bio-brut, carburant vert. Participent à Vasco 2 le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), ainsi que Total. La faisabilité est ainsi testée : « Quand on a envoyé nos fumées dans les bassins, on ne savait pas si ça allait fonctionner ! », révèle le coordinateur.

D’autant qu’un choix fort a été fait : ne pas installer de préfiltre. Ce n’est donc pas seulement du CO2 mais aussi des NOx (oxydes d'azote) et diverses poussières, bref tout ce qui compose une fumée industrielle qui était censé nourrir les micro-algues… Juste avant l’été dernier, la réponse a été donnée : le consortium a validé officiellement le passage au stade industriel ! Les micro-algues ont bien poussé et Vasco a recyclé 60% du CO2 - « On a atteint 80% sur un mois ; avec un équipement et des bassins optimaux, on a la certitude d’en recycler encore davantage », annonce Michaël Parra.


De jardinier à agriculteur

 

À l’origine, les promoteurs de Vasco avait opté pour des algues marines, élevées par conséquent dans de l’eau de mer, un choix logique au vu de la proximité on ne peut plus immédiate de la Méditerranée. Mais sur ce point, le consortium a fait machine arrière : « Ça fonctionnait, mais on s’est aperçu que le sel était très contraignant, explique le coordinateur. Il faut y adapter les process industriels et ajouter une phase de désalinisation, qui complique l’opération et entraîne des coûts supplémentaires. »

La culture des micro-algues se fera donc à l’eau douce, comme Vasco 2 l’a testé à partir de 2017 en « basculant » les bassins d’eau de mer à eau douce : « Ça nécessite moins de conditions météorologiques favorables, les cultures démarrent plus vite et sont plus robustes ».  

Avec ce nouvel atout, voici donc Vasco 3 sur les rails, avec l’élaboration précise du projet à finaliser, dans tous ses détails, avant de trouver partenaires et financements (courant 2020).

Sont souhaités trois sites de plusieurs hectares et la diversification de l’usage des micro-algues, en plus du bio-brut : bio-plastiques, bio-gaz, production de molécules... « Nous étions jardiniers, nous allons devenir agriculteurs, en pratiquant un culture intensive toute l’année ».

Et si les algues devenaient l’une de nos principales alliées pour réussir le passage à une industrie propre ? « De toute façon, on n’a pas d’alternative pour traiter les fumées aujourd’hui, souligne Michaël Parra. L’objectif est que ça ne coûte rien ou très peu aux industriels, voire que ça leur rapporte. » Un avenir envisagé avec beaucoup d’optimisme : « Il s’agit d’une technologie en développement : les résultats de demain seront moins bons que ceux d’après-demain. »