«L’étang de l’Estomac, c’est mon jardin, mon poumon, comme celui des Fosséens en général, s’enthousiasme Serge Fournier, le président de l’association Eau et vie pour l'environnement (Eve), gestionnaire du site. Chacun y trouve son intérêt, à pied, en vélo, en poussette, pour s’y promener en couple, pour faire bouger les enfants… C’est un havre de paix, sans être embêté par des engins motorisés, un lieu idéal pour découvrir, observer et admirer les mille et une choses de la nature… Nous sommes garants de cette quiétude. » L’association assure le gardiennage et la surveillance du site, ainsi que son entretien : sa propreté est moins due à un miraculeux respect du lieu par ses visiteurs qu’au ramassage régulier de déchets, kleenex et autres masques par Mikou, le gardien installé aux salins à l'année. Surtout, Eve veille à la gestion hydraulique de l’étang : « C’est la clé de tout dans une zone humide, précise Thierry Mosca, le responsable du site. Aucun niveau n’est laissé au hasard. » La circulation de l’eau est en effet soigneusement régulée, afin de réserver aux oiseaux les conditions idéales pour y prospérer et s’y reproduire.

 

 

LE PARADIS DES OISEAUX

L’étang de l’Estomac jouxte au sud le site des salins de Fos, auquel il est relié par un cheminement piétonnier et cyclable aménagé par la municipalité en 2012. L’occasion d’une promenade dépaysante à travers 300 hectares entre le ciel et l'eau où s'ébattent les oiseaux à perte de vue. À proximité du complexe industriel, un espace préservé et un paysage étonnant, seulement gâché par les lignes à haute tension et leur pylônes géants, qu’accepterait d’enterrer moyennant… 20 millions d’euros à la charge de la commune ! Pour le reste, parmi les plusieurs centaines de flamants roses ou d'un millier de foulques qui fréquentent régulièrement les lieux, sans compter les avocettes, grèbes, hérons, échasses, goélands, canards, huitriers ou autres graveleaux, on se croirait au beau milieu d'une réserve ornithologique, peuplée par plus de 180 espèces différentes !Pour soustraire cet espace naturel alors à l’abandon aux appétits des promoteurs, l’intercommunalité de l’époque, le San Ouest Provence, l’avait acquis en 2006, orchestrant dans la foulée la création de l'association Eve afin d’en piloter la réhabilitation. Elle est donc toujours aujourd’hui la gestionnaire du site, désormais propriété de la Ville, classé Natura 2000 et Zone de protection spéciale oiseaux, ainsi que de l’ensemble de l’étang de l’Estomac. Pour obtenir ce résultat, des travaux de curage et de reprise des murettes de pierre ont été réalisés et des martelières, ces dispositifs de régulation du débit de l'eau à l'aide d'une plaque en bois que l'on ouvre ou referme au cric, ont été restaurées ou entièrement fabriquées, leur dalle de béton d'une tonne deux comprise pour les plus imposantes ! Le dispositif se complète d’une pompe, placée côté étang sud. L’association a également aménagé des îlots de nidification en sable coquillier, soigneusement entourés d’eau afin de placer les couvées hors de portée de leur prédateur terrestre, le renard, qui déteste se mouiller les pattes. En 2020, plus de 300 couples nicheurs les ont adoptés.

 

DES VISITES GUIDÉES ET UN OBSERVATOIRE

« Eve a initié la signature du contrat Natura 2000, projet porté par la Ville, précise Thierry Mosca. Grâce à cela, nous avons un financement de plus de 50 000 € européens, qui couvre 80% du coût des travaux que la Ville entreprend pour améliorer encore la gestion hydraulique. » Lesdits travaux ont débuté le 23 mars dernier et comprennent la restauration de bugets (petites martelières) que l’érosion a dégradés et l’installation d’une martelière supplémentaire, « au bord de la route nationale, pour récupérer l’eau de mer et que l’ensemble du site soit en eau ». Les oiseaux s’épanouiront ainsi toujours davantage, pour le plus grand plaisir des amateurs qui peuvent à loisir les admirer depuis l’observatoire, idéalement placé à cet effet, avec vue sur les îlots de nidification. « Beaucoup de Fosséens ignorent l’existence de cet observatoire, ou le fait qu’il soit libre d’accès », remarque Serge Fournier. De même, hormis les animations estivales de l’Office de tourisme (Ornitho pitchouns et visites des salins au lever ou au coucher du soleil), peu savent qu’Eve organise des visites pour groupes toute l’année, à la demande. « Entièrement gratuites, avec un guide naturaliste à disposition durant quatre heures, le prêt de jumelles… », énumère le président de l’association, qui conclut : « Avec toute la pression immobilière, conserver ces 300 hectares, c’est beau… On a de la chance d’avoir des politiques qui ont pris conscience qu’il fallait préserver cet espace naturel qui s’avère un trésor. » Sur lequel il convient de veiller, y compris en respectant les oiseaux : « Le dérangement est la cause principale de l’échec de la nidification, avertit Thierry Mosca. Les oiseaux nous voient comme des prédateurs. Alors restez bien sur les chemins, gardez vos chiens en laisse, pour ne pas les effrayer. » La promenade en laisse sera du reste bientôt officiellement obligatoire. Et il ne faut pas nourrir les volatiles avec du pain : il fait gonfler leur ventre et les rend malades ou les tue s’ils en mangent trop. Du riz cuit, du maïs, de la laitue ou des graines pour oiseaux, si vous voulez vraiment les nourrir, mais pas de pain !

 

RENSEIGNEMENTS : Association Eve : 06 46 66 57 13