« Ni partir, ni mourir, mais vivre à Fos-sur-Mer » : c’est par ces mots chargés d’émotion que Daniel Moutet, président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), a ouvert la réunion publique Santé et pollution du 12 février dernier. Garnissant copieusement le centre culturel Marcel-Pagnol, 400 personnes y assistaient. Parmi eux, René Raimondi, soutien de toujours de l’association : « Je suis triste de me retrouver encore une fois ce soir avec vous pour évoquer ce sujet, a déclaré le maire. Nous sommes mobilisés depuis des années, mais nous n’avons pas été entendus, ou nous n’avons pas été écoutés. Et finalement, rien n’a changé. Chacune de nos usines, individuellement, respecte les normes. Mais qu’en est-il du cumul ? Ce travail sur le cumul n’a jamais été fait. »

Au menu de la réunion, la présentation du résultat de la campagne d’analyses opérées sur 7 produits AOC de la région, conduite par l’ADPLGF en 2009 puis une fois par an entre 2011 et 2015. Elle montre l’imprégnation de la chaîne alimentaire en PCB, dioxine et métaux lourds à des seuils la plupart du temps inférieurs aux limites réglementaires, mais suffisants pour marquer « la nécessité d’un suivi spécifique du territoire », explique Philippe Chamaret, le directeur de l’Institut écocitoyen, qui s’est chargé de l’interprétation des analyses. Yolaine Ferrier, anthropologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et membre de l’équipe de l’étude Fos Épseal (Étude participative en santé environnement ancrée localement), est ensuite revenue sur les résultats de ladite étude publiés en janvier 2017. Ils alertent sur les taux plus élevés de cancers, diabètes et asthmes au sein des populations fosséenne et port-saint-louisienne que les moyennes nationales.

Se faire entendre devant la justice

Face à l’inertie des services de l’État, pourtant maintes fois alertés, l’ADPLGF passe à l’offensive : l’association va porter plainte au pénal contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui » et appelle le plus grand nombre possible d’habitants de la zone à attaquer devant le Tribunal de grande instance pour « trouble anormal du voisinage ». Des formulaires sont prévus à cet effet, disponibles au local de l’association et téléchargeables sur son site Internet (stop-pollution.fr). Les plaignants, dont les frais d’avocats sont souvent pris en charge par l’assurance multirisques habitation et parfois par leur organisme bancaire via la carte bleue, n’ont qu’à retourner le formulaire et les cabinets d’avocats de l’ADPLGF se chargeront du suivi de chacun des dossiers. « Il règne une véritable omerta sur ce sujet », constate maître Sarah Games. « C’est bien dommage d’aller en justice, mais il n’y a plus d’autres moyens pour essayer de faire entendre raison, estime René Raimondi. C’est bien dommage aussi de voir qu’il n’y a dans cette salle qu’un seul maire : la pollution ne s’arrête pas aux frontières de la ville ! »

 

 

Le maire écrit à Nicolas Hulot
« Depuis tant d’années, nous demandons une démarche globale et transparente, une étude épidémiologique permettant de connaître le taux d’imprégnation des populations, la nature et la fréquence des cancers, des maladies respiratoires, l’impact des perturbateurs endocriniens. Les services de l’État, à l’image de la Dreal, ne répondent que par des études statistiques ou ne répondent pas du tout ; c’est le cas de l’Agence régionale de santé. Les études privées qui ont été menées pour pallier ces défaussements (…) corroborent le propos des médecins généralistes exerçant à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône. (…) Il est d’urgence vitale que les services de l’État fassent la lumière sur l’état sanitaire d’un territoire fortement influencé par l’industrie. (…) La remise en cause par le préfet de la validité scientifique de l’étude dévoilée est un faux-fuyant : il ne s’agit pas d’un débat d’experts mais d’un questionnement de fond sur l’égalité devant la santé qui est un principe républicain inaliénable. »