Au croisement de la création vidéo et de la scénographie d’exposition, Les Trésors engloutis du port de Fos, à partir du projet scientifique initial de Frédéric Marty, archéologue et attaché de conservation du patrimoine au Pôle du Patrimoine culturel Istres Ouest Provence, présente les recherches autour du port antique de Fos, en le contextualisant dans l’immensité de l’Empire romain, où il était l’un des ports les plus importants de Méditerranée, idéalement positionné entre l’Espagne et l’Italie et assurant les échanges avec la Gaule et le nord de l’Europe par Arles et le Rhône.

Pour accompagner la démarche scientifique, et évoquer fortement l’ampleur des échanges d’une rive à l’autre du monde connu et l’extraordinaire entreprise du commerce de marchandises à travers tout l’empire romain et jusqu’à Fossae Marianae, qu'illustrent les chantiers navals et hangars maritimes du port antique tout comme les amphores et une collection remarquable de marques peintes, la scénographie a tenté d’épouser la géographie très particulière des souterrains de l’Hauture, et magnifier le sentiment d’un cheminement et d’une trajectoire de découverte dont elle est porteuse, par la lumière, les ambiances sonores et une succession d’installations jouant la surprise et l’émotion. 

 

 

L’exposition se présente comme un parcours-spectacle immersif et spectaculaire dans un labyrinthe souterrain, habité par des dispositifs audiovisuels et scénographiques tantôt spectaculaires, tantôt plus intimistes, qui proposent un voyage dans la poétique de l’imaginaire romain, à travers l’évocation de l’omniprésence des divinités et de la dimension fantastique qui fondait la perception du monde dans l’Antiquité.

 

 

Une hure de sanglier unique au monde.

 

Pour Dominik Barbier, les souterrains de l’Hauture sont en eux-mêmes un élément clé de l’exposition : « Le lieu impressionne, intrigue, voire fait peur… Notre parti-pris pour capter le public est de travailler le spectacle, l’imaginaire et l’émotion, pas seulement la pédagogie. Et ensuite, nous fournissons à ceux qui veulent aller plus loin les informations supplémentaires qu’ils souhaitent. » Mais au-delà de l’aspect purement historique, comment faire naître la poésie et l’émotion ? « Les Romains possédaient des technologies extraordinaires, mais ils vivaient dans un monde peuplé de divinités, partout et tout le temps. Il y avait donc une part de mystère et de fantastique omniprésente.

 

D’autant que la mer est un univers particulièrement soumis aux caprices des dieux… Nous essayons de faire partager au public l’approche qu’avaient les Romains. »

 

C’est ainsi par exemple que vous pourrez visiter dans l’exposition la grotte magique d’un dieu marin - imaginaire, forcément. Mais aussi y admirer d’authentiques objets découverts dans le golfe de Fos, dont la hure de sanglier en cuivre placée autrefois à la proue d’un navire de guerre, qui fait un clin d’œil à l’emblème de Fos depuis le règne des seigneurs Porcelet du Moyen-Âge, le cochon sauvage : « C’est la mascotte et la pièce maîtresse de l’exposition, se réjouit l’artiste. On savait que ça existait, par des écrits ou des gravures, mais on n’en avait jamais trouvée. Elle est unique au monde ! » 

 

Les Amis du vieux Fos en première ligne

Les Amis du vieux Fos, à l'origine de nombreuses découvertes historiques, disposent d’une pièce dans l’exposition qui fait le lien entre le port antique et le port industriel d’aujourd’hui.

Créée le 23 juin 1967, l’association Les Amis du vieux Fos s’est donnée dès le départ l’ambition de « promouvoir l’image de Fos et de son passé historique très riche, ainsi que le résume son actuel président, Michel Leroy. Les premières années furent consacrées à l’archéologie sous-marine du golfe de Fos, avec des plongeurs réputés.
D’innombrables objets de valeur furent ramenés par nos plongeurs, amphores, poteries, lampes à huile, une pompe de cale unique (la plupart sont maintenant au Musée d’Istres [fermé depuis plusieurs années]) et environ 2000 pièces de monnaies diverses. »

 

 

Ces diverses trouvailles furent un temps présentées au public dans un musée tenu par l’association à la chapelle Notre-Dame-de-la-mer, jusqu’en 2002.

Érudit, Michel Leroy fait remonter le port antique fosséen avant sa création par les hommes du général Marius : « Avant l’arrivée des Romains, le port créé par les Grecs (vers -650 av J.-C) était essentiellement situé sur le grau du Galejon et la Roque d’Odor [L’île de la Roque d’Odor, détruite par les travaux du complexe industrialoportuaire, était située à 7 km à l’ouest du centre ancien de Fos-sur-Mer ; dans l’Antiquité, elle était éloignée de 2 km du rivage].

Il s’agissait de mamelons, promontoires ou émergences rocheuses de quelques mètres de haut par rapport au niveau de la mer et seulement sur quelques sept hectares. Les Grecs avaient établi un campement avec quais, débarcadères et abris. Ils déposaient les marchandises des bateaux de charge qui ne pouvaient aller plus loin du fait du peu de profondeur de l’eau ; elles étaient ensuite remontées sur des radeaux de type utriculaire qui traversaient les étangs à la "partègue" jusqu’à Erganinum [Tarascon] au travers des étangs et chenaux. Je suis de ceux qui pensent que l’existence de notre port était antérieure à Massalia. »