Un mur d’images de la révolution industrielle 

Au tournant des années 1970, le territoire de Fos-sur-Mer connait un grand séisme qui le fait entrer de plain-pied dans les turbulences de l’économie industrielle mondiale.

En l’espace de quelques années, une des plus grandes zones industrialo-portuaires d’Europe est bâtie de toute pièce sur des rivages voués jusque-là à la récolte du sel, à la chasse, à la pêche, à la cueillette, aux manades et aux loisirs balnéaires. Jacques Windenberger, photographe indépendant formé à l’école documentaire, a observé cette transformation radicale et l’a photographiée pour témoigner de l'importance des mutations en cours et de leurs répercussions sur la vie quotidienne des populations.

Il a ainsi constitué un fonds documentaire de première importance pour l’étude des transformations économiques, sociales et environnementales des espaces littoraux de notre région au cours d’une période - les «  Trente glorieuses » - marquée par une forte croissance, mais aussi par une accélération de la transformation par l'homme des milieux et des ressources.

 

 

On y trouve des vues de chantiers, d’infrastructures, des logements précaires, des usines, des ateliers, des vues sur la vie quotidienne des travailleurs français ou étrangers et des reportages sur différents mouvements sociaux.

C’est une partie de ce fonds - plus de 2 000 clichés - qui est présentée jusqu'au 27 septembre dans le cadre de l’exposition Les trésors engloutis du golfe de Fos à travers un « mur d’images », un outil numérique convivial et ludique développé au sein de TELEMMe, laboratoire de recherche en sciences humaines et sociales de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme.

« Notre première action a été de numériser ces 2000 photos, prises entre 1970 et 1979, afin de les rendre accessibles, explique Xavier Daumalin, professeur d’histoire à l’Université Aix-Marseille et directeur du laboratoire TELEMMe. Ensuite, nous avons proposé de croiser les regards entre différentes disciplines  : histoire, géographie, sociologie et analyse de photographies. Le mur d’images, conçu par notre ingénieur en informatique, permet de consulter ces photos de façon thématique, en liant l’analyse photographique et l’histoire économique, sociale et environnementale du territoire.Et il sera possible de zoomer, grâce à la qualité des photographies. »

 

Fos, joyau de l’Empire romain

Depuis six ans, à raison d’un chantier-école d’exploration sous-marine d’un mois chaque année, le Drassm effectue des fouilles dans le but de reconstituer le port antique et l’agglomération qui lui était attachée, d’une importance considérable sous l’Empire romain durant quatre siècles.

Dans l’anse Saint-Gervais, entre 40 cm et 4 m de profondeur, dorment les vestiges de ce qui fut, entre le 1er siècle av. JC et le 3e siècle ap. JC, le deuxième complexe portuaire le plus important de l’Empire romain.

 

En effet, sur la fameuse table de Peutinger, copie d'une carte romaine effectuée au XIIIe siècle représentant routes et villes principales de l'Empire, le port nommé Fossis Marianis est signalé par le pictogramme d’une voûte majestueuse en forme de fer à cheval, seul port du monde romain indiqué de la sorte avec celui d’Ostie, qui n’est rien moins que le port de la ville de Rome ! « Nous sommes en présence d’un complexe monumental comprenant de grands édifices », confirme Souen Fontaine, l’archéologue responsable du projet Fossae Marianae, mené par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sousmarines (Drassm), organisme dépendant du ministère de la Culture, et le centre Camille-Jullian, laboratoire d’archéologie qui regroupe Aix-Marseille Université et Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

« Le site archéologique de l’anse Saint-Gervais s’étend sur 40 ha, auxquels il faut ajouter la presqu’île Saint-Gervais et la Maronnède, poursuit la chercheuse. Nous sommes en présence d’une ville portuaire de grande importance. »

La plus grande structure de ce complexe mesure par exemple 1 ha. Chantier naval (appelé navalia), entrepôt, autre bâtiment ? La question n’est pas tranchée mais les fouilles permettent chaque année de recueillir des indices supplémentaires et d’acquérir certaines certitudes. « Ce n’est pas un juste amoncellement de blocs taillés, mais ce pourrait être la façade d’un bel édifice public, ce qui confirme que nous sommes dans un programme architectural de grande importance », analyse l’archéologue.

D’autres mystères subsistent : pourquoi cet édifice, dont il est acquis qu’il a été construit sur la terre ferme, se retrouve aujourd’hui à 3 m de profondeur, alors que le niveau de l’eau n’est monté que de 60 à 70 cm depuis l’Antiquité ? Pour élucider cette énigme, les archéologues travaillent avec des géomorphologues.

La recherche avance, petit à petit. Mais va durer longtemps : « Il y a encore au moins 15 ans de travail », estime Souen Fontaine.