Deux-cents hectares entre le ciel et l'eau où s'ébattent les oiseaux à perte de vue : les Salins de Fos, entre la mer, la Nationale et l'étang de l'Estomac, cette oasis de Camargue à deux pas des usines, ce joyau d’espace naturel fosséen...

Depuis 1987, date de la dernière récolte de sel, le site était laissé à l'abandon et l’intercommunalité d’alors, le San Ouest Provence, l’avait acquis en 2006 pour le soustraire aux promoteurs. L'association fosséenne Eau et vie pour l'environnement (Eve) était créée dans la foulée, afin d’en piloter la réhabilitation. Elle est toujours aujourd’hui la gestionnaire de ce site, désormais propriété de la Ville, classé Natura 2000 et Zone de protection spéciale oiseaux.

Avec une mission confiée par l’Union européenne : quelque 180 espèces d’oiseaux différentes peuplent la zone - dont les emblématiques flamants roses -, mais parmi elles, les larolimicoles (avaucettes, sternes, grands cormorans…) sont menacés. Aussi les Salins sont-ils l’un des dix sites où est mis en œuvre le projet européen Life + Envoll, qui vise la protection durable de neuf espèces du littoral méditerranéen. Avec celle de faire découvrir la richesse de sa faune et de sa flore aux touristes ou aux scolaires, voilà l’autre mission de l’association Eve. Pour cela, elle a fait installer des îlots de nidification au milieu de l’étang de l’Estomac, en sable coquillier, où les laro-limicoles viennent nicher confortablement.

 

N’EFFRAYEZ PAS LES OISEAUX !

Chaque année au moment de la nidification, jumelles vissées sur les yeux, Thierry Mosca scrute les îlots. Le responsable du site y dénombrait en juin dernier 293 couples de 6 espèces, le précédent record étant de 255. De bon augure, mais il ne fallait pas crier victoire : « C’est le nombre de poussins à l’envol qui compte. Pour garantir la pérennité de l’espèce, il faut une moyenne de 0,6 à 0,8 poussins à l’envol par couple. » Où en est-on fin août, les poussins envolés ? « Les chiffres sont en cours d’analyse. Mais apparemment, ils sont décevants, nous avons eu pas mal de prédation. »

Le renard, contre lequel ont été créés les îlots, parce qu’il déteste se mouiller les pattes ? « Non, ce n’est pas le renard. Tant que les îlots restent bien entourés d’eau, il n’attaque pas. Mais il est à l’affût. C’est notre travail de gestion de la circulation hydraulique. Pas question que l’association parte en congés, le renard ne prend pas de vacances ! »

Mais alors, qui est coupable ? « La prédation est aérienne, c’est le grandduc. Pas à cause des quelques individus qu’il prélève, mais de son mode opératoire : avant d’emmener sa proie jusqu’à son nid pour nourrir ses petits, il lui arrache la tête et les ailes. Cela cause un tel effroi au sein de la colonie que les oiseaux s’enfuient, abandonnant les œufs parfois plusieurs heures. Ils peuvent alors prendre un coup de froid et l’oiseau reviendra couver des œufs morts… »

 

L’autre ennemi, c’est… l’homme. « Le dérangement est la cause principale de l’échec de la nidification. Les oiseaux nous voient comme des prédateurs. Alors restez bien sur les chemins, gardez vos chiens en laisse, pour ne pas les effrayer. » Ne pas non plus les nourrir avec du pain : « Il gonfle dans leur estomac et fait venir les rats », avertit le responsable du site. Qui lance un appel aux bons comportements : « Aidez-nous à protéger les Salins ! » 

VISITEZ LES SALINS : Vous êtes un groupe et souhaitez participer à une visite guidée ? Thierry Mosca : 06 46 66 57 13