Certains d'entre-nous on en mémoire cet épisode incroyable de 2005, la rencontre de Football entre Istres et Caen, comptant pour la 9e journée de Ligue 2 était reportée en raison d'une prolifération de moustiques. Le président du club de l'époque, Bertrand Benoit, déclarait que le risque de piqûres répétées pouvait provoquer des réactions allergiques et justifiait cette décision pour "des raisons sanitaires". Une compétition d'athlétisme, prévue le même week-end à Martigues avait également été annulée pour les mêmes raisons. La mairie de Fos avait déclarée qu'aucune mesure particulière d'évacuation de lieux d'accueil public, ou de démoustication n'avait été prise. Effarant ? Pas tellement.

Afin de comprendre les phénomènes d'apparitions du moustique à Fos, nous avons contacté Pascal Erberhart, responsable opérationnel sur les Bouches-du-Rhône au sein de l'EID (Entente Interdépartementale de Démoustication) Méditerranée. Basé à Montpellier, cette organisme "a pour mission centrale le contrôle de la population des espèces nuisantes de moustiques proliférant dans les zones humides marginales des étangs et lagunes du littoral. Ce contrôle consiste, non pas à éradiquer l’ensemble des insectes piqueurs, mais à maintenir la gêne due aux moustiques à un seuil jugé tolérable, avec un impact environnemental minimum et dans un cadre budgétaire maîtrisé." 

L'EID Méditerranée possède des antennes locales, dont une se situe à Saint-Chamas. Pascal Erberhart nous permet d'y voir plus clair sur la situation à Fos, que l'on imagine tellement problématique. 

 

Tout moustique n'est pas tigre !

Avant toute chose, Pascal tient à nous apporter une information cruciale : bien distinguer le moustique urbain du moustique rural, "des marais". Tout moustique n'est pas tigre ! Parlons d'abord du moustique des marais, le moustique Aedes caspius : " la ville est entourée de zones dite "humides", les salins et les marais notamment. "Les femelles pondent sur sol sec, et dès qu'il y a mouvement d'eau, il y a éclosion". Par mouvement d'eau, comprenons forte pluie ou submersion.

C'est à ce moment que l'EID intervient :" nous passons un insecticide anti-larvaire, assez régulièrement pour éviter leur éclosion". Et lorsqu'il nous dit régulièrement, oubliez vos idées reçues sur le sujet : " Sur une zone comme les salins, nous passons généralement 1 à 2 fois par semaine, pour réaliser la prospection (prélèvement et détermination des larves), et nous traitons seulement si il y a des larves". Même topo concernant les marais, avec une couverture quasi-identique. 

Forcément, l'anti-larvaire n'est pas infaillible, Pascal estime l'efficacité du produit entre 80% et 90%. Imaginez maintenant si ce passage ne s'effectuait pas aussi régulièrement...! 

Mais alors, que s'est-il passé en 2005 ? "Ce qui se passe dans des cas comme ceux la, se sont des moustiques qui naissent ailleurs et qui se déplacent en masse, jusqu'à 20km du lieu de naissance". Les traitements en amont n'y pouvaient rien. 

Le moustique Tigre, la star des moustiques, n'a pas la même façon de procéder. Celui-ci prolifère en milieu urbain, à 80% dans nos propriétés privées.

Comment procède t'il ? Le moustique tigre se déplace très peu (150 mètres environ depuis son lieu de naissance) car il vole très mal. Il pose ses larves dans les regards pluviaux, les gouttières, les coupelles sous les pots... qui attendent les arrosages et pluies pour éclore.

Sur ce point, Pascal nous alerte : "nous traitons l'espace public et restons vigilant sur l'eau stagnante, mais nous ne pouvons pas entrer chez les gens. Pour éviter la prolifération, tout le monde doit mettre la main à la patte". 

Pas d’eau pour les moustiques

Les « gîtes » de reproduction du moustique-tigre sont très souvent de micro dimension (à partir de quelques millilitres seulement), toujours en milieu urbain ou périurbain, jamais en milieux naturels humides ouverts. C’est une foultitude de petites collections d’eau artificielles telles que :

  •  seaux, vases, soucoupes.
  •  fûts, citernes, récupérateurs d’eau.
  •  chéneaux et gouttières, bondes et rigoles.
  •  pneus, boîtes de conserve.
  •  et tout petit réceptacle d’eaux pluviales ou domestiques à découvert.

Ces « gîtes » de reproduction sont, en grande partie, « fabriqués » par l’Homme. La façon la plus efficace de se protéger de ces nuisances en amont, c’est ranger, curer, protéger, couvrir (toiles moustiquaires) ou évacuer les eaux stagnantes. Ou, mieux encore : chaque fois que possible, supprimer physiquement ces gîtes. Et convaincre son voisinage de faire de même.

Pour en savoir plus : www.moustiquetigre.org