Installé à Fos depuis 1989, il nous accueille avec un large sourire, synonyme de sa satisfaction à nous raconter les origines de sa passion qui est devenue son métier pour la vie. « Je n’ai pas découvert ce travail par hasard, il ne m’a pas été dicté par une quelconque orientation scolaire ni imposé par quiconque ! » s’enflamme-t-il. « En fait je n’ai fait que suivre les traces de mon père qui lui-même était tapissier, c’est en fait une  transmission de père en fils qui s’est faite naturellement, et puis j’avais l’envie, l’envie de tout savoir sur ce qui est pour moi, avant toute autre considération un magnifique métier d’Art ».

En effet, c’est au milieu du 16ème siècle  que les «courtepointiers », confectionnaient meubles, sièges, lits et tentes de guerre et qui décoraient les intérieurs des châteaux, manoirs et belles demeures. Ancêtres directs de notre artisan du jour, ils prirent l’appellation de tapissier-décorateur par la suite alliant une  grande diversité de spécialités : garnisseur, ébéniste, couturier, sellier… et accompagnèrent au long des siècles l’évolution des modes, s’adaptèrent aux changements de goût des époques, tant au niveau des styles qu’à celui du confort. « J’ai passé un C.A.P avant d’obtenir un Brevet de maîtrise avec les compagnons du devoir. Pour officier dans  ce métier, il faut bien connaitre l’histoire de l’Art ! On apprend tous les jours, mais même à ses débuts il vaut mieux savoir à qui l’on a affaire: ne pas confondre un Louis XV avec un fauteuil Empire, c’est important dans cette profession qui nécessite en plus de cette connaissance de l’Histoire, une habileté manuelle exceptionnelle, il faudrait parfois avoir trois mains pour restaurer un fauteuil » conclu-t-il en riant et de préciser que cela n’a rien à voir avec la pose de papier-peint réservée aux peintres.

Ensuite, Thierry nous montre les principaux outils dont il use quotidiennement : éguilles courbes, carrelets, tire-crins, tire-sangles, et le fameux ramponneau… le marteau aimanté ! « Ce marteau a cette particularité de permettre à l’artisan de tendre l’étoffe sur le bois de la chaise d’une main et de saisir les semences(petits clous de fer) coincées dans la bouche avec ce dernier afin de les clouer de l’autre main… ça c’est de la technique, de la dextérité ! » explique-t-il enthousiaste. Et l’homme aux doigts d’or nous apprend qu’il peut même confectionner un matelas de A à Z, matelas qui sera le support de vos rêves pendant 15 ans : « Juste 30  kg de laine à aérer à l’extérieur de l’atelier, ça attire même certains élèves du collège qui curieux, reviennent voir les résultats le lendemain et qui me posent des questions sur la profession ».

Il ne faut pas omettre aussi la sellerie qui intervient dans la réfection des sièges d’auto, de bateau. Elle se faisait jusqu’en 1975 avec du crin animal ou végétal, et qui depuis a été supplanté par la mousse et les sangles caoutchoutées. « Pour combler la baisse d’activité due à la fabrique de meubles en série, en kit et dans des bois moins nobles, j’ai diversifié mon activité en créant des sacs de transport en bâche PVC pour le service incendie d’Arcellor-Mittal. Après l’avoir dessiné, assemblé, je présente le prototype qui validé par le client sera produit en dizaines d’exemplaires. La fabrique de stores et leurs poses pour les terrasses des particuliers complètent toutes les facettes de mes possibilités et cela remplit bien mes journées ! ».

 

Dans 2 ou 3 ans, le rideau baissera sur cette boutique qui abrite quelques beaux spécimens rénovés avec amour, la succession ne pointant pas à l’horizon, nous laissons le patron du lieu à ses outils, en se disant qu’au bal des travailleurs ou qu’au Panthéon de l’artisanat, Thierry ne  ferait pas tapisserie !