Installé dans la galerie marchande des Vallins, Romain (Gambarini), tout sourire nous raconte : « Adolescent, je regardais parfois mon père travailler, et cela ne m’a pas déplu, travailler cette matière noble qu’est le cuir m’a attiré », en  nous précisant que c’était celui en provenance de Cordoue (Espagne), célèbre au  XIIème  siècle, qui a donné Cordoan en vieux français avant de devenir cordonnier.

De 2000 à 2002, Romain quitte Fos pour préparer son CAP de cordonnier-bottier chez Les Compagnons du devoir à Pont-de-Veyle(01). Les deux années suivantes seront celles de la transition avec son père où il affute l’apprentissage de ce beau métier.

« Le bottier, explique-il,  est le créateur des bottes et des chaussures, le cordonnier, lui,  est un peu leur médecin, il les soigne, les recoud, leur rend patine et lustre, les rajeunit, leur allonge la vie ». En 2004, son père part en retraite et lui transmet les clefs de l’atelier qu’il aime appeler « échoppe ».

Et cette échoppe qui paraît si petite  recèle des d’outils aux formes étranges... tous nécessaires aux mille soins qu’il prodigue à toutes sortes de chaussures ! Ainsi, Romain énumère : le pied de fer(le plus vieil outil qu’il possède), le marteau Louis XV pour clouer les talons des chaussures des dames, la roulette anglaise, le couteau à pied pour la petite maroquinerie (sacoche, ceinture…).

Trône aussi dans son petit royaume,  une machine à coudre (seulement le cuir), une machine « à petits points » pour le ressemelage et un imposant banc de finissage pour lustrer et carder. Au fil de l’entretien, notre hôte ajoute : « Dans les années 70, l’arrivée massive de chaussures fabriquées à moindre coût en Asie a entrainé un nouveau mode de consommation où le jetable est devenu la norme, dès lors, les cordonniers ont subi la situation et pour ne pas mourir se sont adaptés en se tournant vers la fabrication des clefs », et d’évoquer avec nostalgie le temps pas si lointain où le village abritait l’atelier d’un confrère, celui de Francesco Buono. Romain tient aussi à préciser : « Je crée aussi  ceintures et ceinturons dans des peaux que je taille sur mesure, à la demande et au goût du client, et ça, c’est un plaisir supplémentaire ! ».

Pour terminer il nous avoue qu’il ne pense pas encore à sa succession mais qu’il espère secrètement que ce travail qui a su traverser tant d’époques perdure encore de longues années, dans un esprit de d’éco-responsabilité freinant ainsi le consumérisme de notre époque. « Le travail manuel est aussi la mémoire du savoir, de la passion du beau, de la continuité » dit-il convaincu, « et, s’il est fait avec le sourire du client pour remerciement, cela s’appelle le bonheur ! ».

 

Si vous passez devant sa boutique, son atelier, son échoppe, quel que soit le nom qu’il vous plaira lui donner, vous verrez surement Romain en train de polir avec application le cuir d’un escarpin qui saura encore habiller avec élégance  le pied d’une dame. Et surtout, n’hésitez pas à lui demander pourquoi les cordonniers ont la réputation d’être de grands curieux, il vous répondra hilare : « Parce qu’ils semelle de tout ! ».