Et si de nos jours, on ne guerroie plus à Fos, c’est à un jet de flèche de son château et de ses remparts que se situe l’armurerie « Lou Cassaïre », que tout amoureux de la langue de Mistral saura traduire : Le chasseur. La devanture est discrète et pourtant son enseigne est fixée au mur en juillet 1988. Et c’est un fosséen né à la Roquette chez la mère Durand qui nous attend derrière le comptoir : Jean-Luc Nouvel pour vous servir ! « N’ayez pas peur, j’ai des fusils mais je ne suis pas un bandit » plaisante-il en ajoutant « mes clients sont essentiellement des chasseurs ! ». Il nous apprend qu’il a cessé les articles de pêche, d’une part parce qu’il n’est pas en bord de mer mais surtout parce que les grands magasins de sport ont détourné sa clientèle potentielle, exit donc « chasse-pêche » pour ne garder que l’appellation Armurerie –Chasse.

Jean-Luc nous dévoile tranquillement son parcours : « Après l’obtention du diplôme de mécanicien-outilleur, j’ai intégré l’école d’armurerie de Saint-Etienne avant d’ouvrir avec mon père ce commerce. Le métier est particulier,  Il comprend essentiellement l’entretien et la réparation : réglage des mires, remplacement de pièces utiles au bon fonctionnement de l’arme, à sa conformité… Je crée aussi des crosses d’épaule en bois sur mesure, je peux aussi les graver… c’est un travail complet et diversifié ! bien-sûr il y a aussi la vente pour tout ce qui concerne l’équipement du chasseur : cartouches, appeaux, besaces, cartouchières, bottes et vêtements spécifiques à cette pratique ainsi que tous les accessoires nécessaires au compagnon du chasseur : son chien.

Il y a aussi la vente de fusils qui exigent la connaissance approfondie de la législation qui est très stricte ! » Nous découvrons dans les vitrines d’autres articles comme des jumelles, lunettes terrestres à infra-rouge ou pas, qui ne s’adressent pas seulement aux chasseurs mais aussi aux randonneurs, aux adeptes de l’ornithologie, aux observateurs en tout genre.

 

Le père de notre sympathique interlocuteur nous rejoint : « Je vous écoute et j’entends que mon fils ne vous a pas dit que nous faisions aussi dans la coutellerie…»,  Et de nous présenter ses créations.

En effet, les couteaux, fabriqués à la main, sur commande, suivant les desideratas du client sont superbes : l’un est équipé d’une lame Damas en acier replié et forgé puis gravé finement,  prolongé d’un manche incrusté de corail fossilisé, l’autre d’une même beauté étonne avec son manche orné de véritables molaires de mammouth, incroyable mais vrai !

Plus d’une semaine de travail où une extrême précision des gestes, un sens artistique développé et un amour de l’objet parfait sont indispensables à la création de ces objets. Voilà des idées de cadeaux qui pourraient faire plus d’un heureux !

 

Nous nous glissons avec Jean-Luc dans l’arrière-boutique et là, nous découvrons le saint des saints… le lieu où ce duo aux mains d’or officie, complices comme un papa et son fiston peuvent l’être; mais l’endroit est leur jardin secret alors nous resterons discrets et nous quittons ces artistes qui cumulent tant de savoir-faire, inhérent à tant de métiers…du graveur au soudeur, du coutelier à l’armurier.

 

En sortant sur l’avenue Pelletan, levant les yeux sur les tours de l’Hauture, nous nous  prenons à rêver à un voyage temporel où en compagnie de Godefroy de Montmirail, nous rendrions visite à Guilhem Porcelet, Seigneur de Fos pour y découvrir ces métiers des armes mais aussi d’art, qui nous ont précédés pendant 800 ans et qui perdurent encore. Pan ! Pan ! Pan…3 détonations nous tirent de nos rêveries ! Mais ce ne se sont que la pétarade d’un pot d’échappement… !