Nous la trouvons, pinceau à la main, penchée sur un petit vase en train d’y apporter la dernière touche de décoration. Petite blonde au sourire malicieux, elle nous conte son parcours : « Mes parents, venant de Lorraine se sont installés il a bien longtemps et j’ai grandi à Fos. À 18 ans, BAC en poche j’ai arrêté mes études pour deux raisons : la première par amour pour Bernard qui est devenu mon époux et la deuxième pour la poterie, passion qu’il m’a transmise ».

Nous évoquons l’histoire de ces objets qui depuis des millénaires ont permis à l’homme d’améliorer son existence avec la naissance des bols, vases, assiettes, amphores diverses pour stocker l’eau, l’huile ou bien le vin, préserver les aliments, apporter du  confort du quotidien et parfois pour la décoration ou pour être le réceptacle d’offrandes pour les défunts.  Ainsi, la terre et le golfe de Fos ont révélé une multitude de ces objets au travers de fouilles scientifiques.

« Jeunes mariés, nous avons installé notre premier four dans la remise attenante à la maison de la grand-mère de Bernard  (Honorine Olive). Il y a fort longtemps c’était une écurie ; un anneau pour y attacher les chevaux est encore scellé dans le mur de la bâtisse ! Mon mari ayant commencé à travailler au Port autonome de Marseille, c’est seule, que j’ai poursuivi cette aventure » nous dit-elle avant de nous entretenir sur les facettes de son activité. « Le travail de la terre a quelque chose de magique. C’est à partir d’un bloc d’argile brute que débute ma création, je la malaxe longuement, comme un boulanger le ferait avec sa pâte, avant de la poser sur mon tour. Et là ,avec minutie, mes mains modulent la forme que j’ai imaginée ; l’eau que j’ajoute au fur et à mesure fait briller la matière, la rend lisse, malléable. L’osmose entre mes mains et mon imaginaire est perceptible, le sentiment de ne faire qu’une avec la nature naît en moi, j’oserais dire qu’il y a un brin de sensualité dans les gestes du potier ».

Clotilde ne s’arrête pas là et poursuit « la mise au four (qui peut chauffer jusqu’à 1100 degrés) se fait en deux phases avec l’ajout de la faïence qui finira le produit ou plutôt l’objet d’art unique que j’avais pensé au fond de moi ou que l’on m’a commandé ; puis je deviens peintre afin de le personnaliser : inscription, prénom, illustration d’un lieu, dessin enfantin, toutes sortes de décorations que l’on peut souhaiter ».

Le domaine de notre hôtesse du jour nous laisse entrevoir l’étendue de ses créations qui vont de l’utilitaire (assiettes, bols, services à thé ou à café), à l’objet de décoration (bougeoirs, plaques de maison, petits chats, petits chiens…). « Mais ce qui me procure aussi de la satisfaction, c’est la transmission de la poterie. Expliquer aux gens les gestes séculaires et nécessaires à cette pratique lors de journées spécifiques (Fête de la Crau, foires…) est un réel bonheur. Le Marché de Noël cette année, m’a particulièrement touchée par l’intérêt que mon stand de démonstration a suscité. Un Fosséen, fort sympathique au demeurant, m’a même rendu visite à l’atelier dont il ignorait  l’existence, il a poussé la gentillesse jusqu’à prendre quelques photos qu’il a partagées sur internet donnant un élan à la reconnaissance de mon travail. Ce fût pour moi un moment de joie, surtout en cette période de Noël ! Un grand merci à lui  » confie Clotilde avec une émotion non dissimulée.

 

C’est sur cette note empreinte de l’amour de son art, que nous la quittons, certains qu’elle continuera encore longtemps à mettre ses mains au service de la création du beau…

 

Qui sait ? Peut-être un jour un archéologue dans le futur découvrira une petite tasse, un petit pot ou un chaton d’argile né de l’esprit créatif de Clotilde. Vivre les aventures comme elles viennent, être les passeurs des traditions locales et les gardiens de cet Artisanat, c’est tout le bien que nous leur souhaitons, et si à l’instar du roi Clovis à Soissons, Bernard venait à briser un vase, nul doute que Clotilde saurait le faire renaitre !