« Nous, artisans, producteurs locaux, nous, Fosséens, nous voulons le retour de notre marché à Fos-sur-Mer », proclame la pétition mise en ligne sur Internet le 24 avril dernier (à voir ici). À cette heure, elle compte déjà 517 signatures. Initiée par le maraîcher martégal Christian Zavattoni, elle invoque à l'appui de sa demande nombre d'arguments : « Nos commerçants, nos artisans, nos producteurs locaux, souffrent de voir le fruit de leur travail se décomposer. Ils sombrent au fur et à mesure. Nous, clients, avons besoin de ce lieu d’approvisionnement, seul endroit accessible aux petits budgets. Nous nous sentons plus en sécurité au marché que dans un supermarché. Par ailleurs, les services des supermarchés ne permettent pas à tous de s’approvisionner. Le marché est plus sûr que d’autres points de vente où tout le monde touche à tout et respire le même air… Le marché garantit une alimentation variée et saine. Le marché, proche de chez soi, est essentiel pour les personnes fragiles et non véhiculées»

 

Le « besoin avéré d'approvisionnement »

La fermeture nationale des marchés alimentaires a été décrétée le 23 mars et s'applique depuis le 24 à midi. Mais à peine trois jours plus tard, le gouvernement a autorisé la réouverture de 25% d'entre eux, sous réserve que le préfet signe une dérogation, en sollicitant l'avis des maires, accordée sous conditions :« Les élus devront ainsi faire état du besoin avéré d’approvisionnement et des mesures destinées à garantir la protection sanitaire des commerçants et des clients », est-il précisé. Le maire de Fos-sur-Mer se saisit immédiatement de cette opportunité : « J’ai sollicité auprès du préfet l’autorisation d’ouvrir le marché du samedi car l’espace disponible permet une organisation optimale et sûre, annonce Jean Hetsch le 2 avril. En lien avec la Chambre d’Agriculture, l’objectif est de soutenir les agriculteurs et artisans locaux qui n’ont parfois que les marchés pour vendre leurs produits. La crise sanitaire implique également de vraies conséquences économiques qu’il nous faut résorber lorsque nous le pouvons. Cette dérogation ne concernerait bien entendu que les produits alimentaires et de première nécessité pour un maximum de dix étals. J’espère qu’une réponse positive permettra cette nouvelle démarche de solidarité. » Nouvelle communication du maire le 10 avril : « Depuis deux semaines aujourd'hui et malgré toutes mes relances téléphoniques, je n'ai obtenu aucune réponse officielle. Je ne peux que regretter ce silence. J'ai saisi la Chambre d'agriculture afin qu'elle appuie ma démarche et celle de nombreux autres maires du département, je n'en doute pas, auprès des autorités afin qu'elles prennent conscience de l'urgence économique qui met en difficulté plusieurs exploitations et producteurs locaux. J'espère qu'à l'avenir il nous sera permis de les soutenir comme nous le souhaitons. »

 

« Une nécessité vitale »

Deux jours plus tard, la prise de position publique du ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, semble devoir peser en faveur de la demande de Jean Hetsch : « Je suis favorable à l'ouverture de tous les marchés en plein air et de toutes les halles alimentaires », déclare-t-il en effet sur France 3 dimanche 12 avril, appelant « les maires de France et les préfets à inciter à rouvrir ces marchés ». Le maire de Fos envoie donc une nouvelle demande en ce sens au préfet. Il insiste : «  La superficie de la place du marché, plus de 5000 m2, permet d'accueillir les étals alimentaires de manière sécurisée pour les clients et les producteurs. (...) Il s'agit d'une nécessité vitale pour nos producteurs locaux qui se battent pour ne pas perdre leur production. » Las, la réponse négative tombe le 17 avril, le sous-préfet Jean-Marc Sénateur invoquant que « votre commune est dotée d'un grand nombre de moyennes et grandes surfaces, dont plusieurs (…) à proximité immédiate du quartier dans lequel se tient ce marché. » Ce qui revient à accorder un monopole aux magasins en question, au détriment des producteurs-vendeurs locaux, dont la problématique économique de la survie passe par pertes (pour eux) et profits (pour la grande distribution) ! « Je regrette la position des services de la Préfecture qui font une lecture strictement administrative des arrêtés, alors que dans le même temps le ministre de l'Agriculture a incité à la réouverture de ces marchés, proteste Jean Hetsch. Pour la petite histoire, à Cannes, le marché Forville, situé dans une halle couverte qui plus est, a pu rouvrir ce week-end. Les moyennes et grandes surfaces sont-elles fermées dans cette ville ou y aurait-il deux poids deux mesures dans une même région ? » Et le maire d'annoncer l'envoi d'un nouveau courrier au préfet et au sous-préfet cette semaine. « Tous les marchés de plein air et halles couvertes pourront rouvrir à partir du 11 mai s'ils sont en mesure de faire respecter les distances de sécurité entre les consommateurs », a annoncé le 28 avril le Premier ministre Édouard Philippe : les Fosséens le veulent dès samedi prochain !

 

Drive et livraisons à domicile pour patienter

En attendant, Christian Zavattoni propose son propre drive : on lui passe commande par téléphone (06 03 04 97 17) ou par courriel (christian.zavattoni@wanadoo.fr), jusqu'au mercredi soir de 14h30 à 18h, pour un retrait des commandes à Fos-sur-Mer, sur le parking de la Case à pains, le vendredi à partir de 8h30. « C'est une solution alternative en attendant que le marché rouvre, explique le maraîcher. Quand il rouvrira, je ne pourrai pas faire les deux, parce que le drive nécessite un supplément de travail, la préparation des commandes, que je n'ai pas à faire quand je suis sur le marché. » Le demande est en tout cas très forte : Christian Zavattoni mentionne une centaine de coups de téléphone quotidiens, parfois, pour les commandes ou les demandes de renseignements.

Autre solution : nombre de commerçants fosséens proposent vente à emporter et/ou livraisons à domicile, dont vous trouvez la liste complète et les coordonnées à consulter ici.