Le rendez-vous a été fixé très vite : alertés par les messages postés sur les réseaux par Isaya, nous avions envie d’en savoir plus sur ce 3e album et les filles ont accepté tout de suite de nous recevoir.

Avec les sœurs Jeandon, la communication est toujours fluide. Nous les connaissions depuis un article de Votre Mensuel de l’été 2017, Envoûtantes jumelles ! (photo ci-dessus), alors qu’elles s’apprêtaient à monter sur scène en concert gratuit place des Producteurs, en première partie du groupe Sinsémilia. Une prestation de haute volée qui avait du reste enthousiasmé le public fosséen.

Hormis leur coiffure, Caroline et Jessica n’ont pas changé : toujours aussi simples, accessibles et sympathiques, elles nous invitent à les rencontrer au domicile de Caroline, une fin d’après-midi. Isaya prépare alors un concert sur Internet - faute d'avoir le droit de jouer sur scène devant un public - et rentre tout juste d'une dernière répétition à Marseille. Mais même fatiguées, les jumelles sont disponibles. Et généreuses : à l'issue de l'entretien, nous regrettons de ne pas avoir pu venir les filmer durant leur répétition et elles nous proposent alors : « Vous voulez qu'on vous en fasse une maintenant ? Tu as ta guitare, Caroline ? Ah, il faut changer les cordes... C'est pas grave, alors, a cappella ! » Et voilà comment nous sommes repartis, cadeau pour les abonnés de la page Facebook de la Ville, avec un enregistrement vidéo inédit et exclusif de Red Day, titre inspiré par l'attentat du Bataclan, interprété par les chanteuses depuis leur canapé ! (à voir en fin d'article)

Ensorcelant « folk chamanique »

Comment définir leur musique ? Un chant habité, l’émotion omniprésente, des arabesques vocales étourdissantes, parfois déchirantes plaintes, parfois cris de rage, des mélodies puissantes aux savantes harmonies tissées par les voix de deux anges, ou de deux sorcières, c’est selon. Isaya – du nom du prophète Isaïe, qui périt scié en deux dans le sens de la longueur, métaphore de leur gémellité - bâtit une œuvre profondément personnelle, que les artistes qualifient de « folk chamanique ». Un mélange qui n’appartient qu’à elles de soul et de blues mâtiné de mélopées tribales d’inspiration amérindienne rythmées de tambours, avec la touche électro de Mathieu Pernaud, qui les accompagne fidèlement sur scène.

ADN : plus que jamais elles-mêmes

 

Après dix ans passés à chanter dans les rues d’Aix-en-Provence, Isaya a sorti son 1er album en 2012, le deuxième en 2017 et ce mois-ci paraît leur troisième opus, baptisé ADN. Définition : acide du noyau des cellules vivantes, constituant l’essentiel des chromosomes et porteur de caractères génétiques.

Pourquoi ce titre ? « Parce que c’est nous ! C’est l’album dont nous sommes le plus contentes, précise Jessica. On a travaillé avec Mathieu qui nous connaît bien et sait ce que nous voulons. C’était fluide, sa réalisation est au service de nos chansons et de nos goûts. » 

À noter pour la première fois, certains textes en français : « Parce que c’est aussi notre ADN ! » Qu’abordent-ils ? « Ils sont plus engagés qu’avant, ce sont des coups de gueule mais avec toujours un message d’espoir derrière, qu’on peut s’en sortir. Nous parlons des relations de couples toxiques, des violences psychologiques, des violences faites aux femmes et aux enfants… » C’est le cas de The freak and the sailor woman, où une femme fuit son bourreau et prend enfin conscience qu’elle n’est pas la cause de ce qu’elle a subi. Nouveau Monde, pour sa part, « traite des avantages et inconvénients du monde moderne » et Thierry évoque la mémoire d’un ami des jumelles, mort assassiné : « Nos chansons nous permettent aussi d’exorciser des choses... ». Quant à Free Girl, comment ne pas y lire le manifeste de ces deux femmes libres ? On trouve aussi sur l’album des berceuses écrites par Caroline : « C’est depuis que je suis maman… Mais il y a beaucoup de double-sens, ça s’adresse aussi aux adultes ! » ADN comprend également des featurings « avec des artistes locaux qu’on aime bien » et Matthew Kerr, le producteur anglais de la chanteuse Camille, a participé aux arrangements vocaux sur quatre morceaux : « Le programmateur d’un festival où l’on avait joué lui a fait écouter notre musique et il a bien aimé, c’est comme ça qu’on l’a connu ». Signalons enfin que le clip de Baby wolf - l’une des berceuses d’ADN -, en ligne ici, réalisé par Michaël Marciano, a été entièrement tourné à Fos-sur-Mer, notamment au bord de notre bel étang de l’Estomac. Parce que l’ADN d’Isaya est aussi Fosséenne !

 

Vivement le retour du public !

Et comment les jumelles vivent-elles la prohibition persistante des lieux de culture ? « On sait que tout le monde est dans le même sac et l’on se soutient tous, répond Jessica. On se dit que ça va aller, on est obligé, mais c’est la catastrophe ! ». « On n’arrête pas de bosser, parce qu’on a le temps, complète Caroline. Comme ça on aura plein de choses prêtes pour quand ça redémarrera. » À en juger par leur prestation en concert virtuel du 15 avril dernier (à revisionner en cliquant sur la photo ci-dessous), les jumelles sont prêtes, en grande forme et plus envoûtantes que jamais.

 



Très sensibilisées aux violences faites aux femmes et aux enfants, Isaya a composé le titre 3919 119 – qui n’est pas sur l’album ! - d’après les numéros verts dédiés aux signalements : « Nous avons rendez-vous avec plusieurs associations pour voir ce qu’on peut faire ensemble avec cette chanson. Nous voulions vraiment en parler, si ça peut aider ne serait-ce qu’une seule personne… »

Vous pouvez visionner le clip en cliquant ici.
Dernière minute : sortie du nouveau clip d'Isaya le 17 mai à l'occasion de la Journée de la lutte contre l'homophobie et la transphobie. Un titre tout simplement baptisé Trans, à visionner ici.

 

Isaya - Red Day (A cappella)