La Province belge du Luxembourg, regroupant 44 communes et 280 000 habitants sur 44 000 km2, s'est engagée à la suite de la Cop 21 dans une expérience originale : elle a créé un Parlement citoyen climat, instance de démocratie participative regroupant des citoyens volontaires tirés au sort, en présence de représentants des mondes politique, économique, administratif et associatif. Son objectif est de proposer au Conseil provincial des outils d'action en matière de développement durable. Réunis durant trois week-ends en deux mois, ces citoyens ont d'ores et déjà « planché », fixé l'objectif de parvenir à un territoire à énergie positive (qui en produit plus qu'il n'en consomme) à l'horizon 2050 et émis plusieurs recommandations, notamment dans les domaines de l'habitat durable et de la participation citoyenne.

C'est justement ce dernier volet qui a motivé le voyage d'étude de trois jours à Fos-sur-Mer entrepris par une délégation de la province du Luxembourg, qui souhaitait observer le fonctionnement de l'Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, dont la réputation a franchi les frontières. Emmenée par son gouverneur, Olivier Schmidt, la députée Thérèse Mahy, membre de l'exécutif provincial, ainsi que plusieurs représentants de l'Université de Liège, elle a été reçue officiellement le 24 avril en mairie par René Raimondi et la majorité municipale. Pour cette première prise de contact, le maire s'est chargé de lui brosser le tableau de l'environnement industriel de la Zone industrialo-portuaire fosséenne et de son impact en matière de pollution. Le lendemain, la délégation a passé une journée studieuse en compagnie des chercheurs de l'Institut écocitoyen à la Maison de la mer. Le soir venu, elle y a assisté à la séance plénière de Voce (Volontaires pour l'observation citoyenne de l'environnement), projet originel à la création de l’Institut.

En 2010, ses créateurs sont partis du constat suivant : dans le contexte de fortes tensions environnementales, sociales et économiques qui caractérise les territoires proches des zones industrielles, la participation des citoyens aux décisions d’aménagement, donc l’acceptation de certains choix, est conditionnée par la connaissance qu’ils ont des menaces pesant sur leurs conditions de vie. Dans ce but, Voce crée une relation directe et réciproque entre les citoyens volontaires et le monde de la recherche. Lancé depuis le deuxième semestre 2012, ce dispositif réunit 80 volontaires qui ont accepté, après une formation aux protocoles scientifiques, de fournir des observations permanentes sur leur environnement. La séance plénière du 25 avril a présenté les résultats des études déjà menées. Dix d’entre elles ont porté sur l’air, quatre sur le milieu marin et six sur les sols. Pétunias, lichens, salades, congres (poissons) ont été méticuleusement observés et analysés, ainsi que l’eau du golfe de Fos (salinité, chloration…). Il s’agit bien d’une bio-surveillance environnementale, menée main dans la main par citoyens et chercheurs. Les effets des pollutions, manifestes, sont quantifiés : heureusement, si les taux de produits toxiques sont plus élevés que la moyenne, ils n’atteignent pas le seuil de dangerosité. Sont annoncés de nouveaux protocoles d’études, qui vont concerner le suivi piézométrique de la nappe phréatique de la Crau (niveau de profondeur), de la qualité écologique du milieu marin et de cours d’eau, du mouvement des terres (déchets, constructions, agriculture, érosion…), ainsi que le suivi des crises d’asthme chez les volontaires.

Le maire de Fos, qui assistait à cette plénière, s’est adressé à la salle, copieusement garnie : « Faites-vous les ambassadeurs de cet Institut pour qu’il puisse continuer son travail, qui est indispensable, a-t-il lancé. C’est comme cela que nous pourrons accumuler toujours plus de connaissances et que nous pourrons ensuite agir tous ensemble. »

La dernière journée du voyage de la délégation belge fut consacrée à une visite en bus de la Zone industrialo-portuaire, commentée par Daniel Moutet, président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos, et Véronique Granier, chargée de communication de l’Institut. Enfin, une séance de travaux pratiques d’observation de lichens a clôturé la visite. « Ce qui me frappe à Fos, c’est que la population, les politiques et les associations ont réagi face aux industries, explique Thérèse Mahy, députée de la province en charge du développement durable. Ce qui nous intéresse, c’est ce processus de participation citoyenne à la protection de l’environnement et de la qualité de vie. Et ce qui est formidable chez vous, c’est que le maire a l’adhésion de la population. Le travail de l’Institut est à cet égard très important, pour informer cette population. Je suis très heureuse d’avoir assisté à la plénière pour observer comment les citoyens réagissent, entendre les questions qu’ils posent… Ils sont conscientisés ! Nous étions venus pour voir le fonctionnement de l’Institut afin de l’importer chez nous. Nous repartons convaincus, avec l’intention de mettre en place un Institut écocitoyen dans notre province du Luxembourg. »

Thérèse Mahy, députée de la province du Luxembourg en charge du développement durable

L'Institut écocitoyen vient de se voir attribuer une labellisation du ministère de l'Environnement et a été invité par le ministre de la Recherche à cosigner une charte sur les sciences participatives : cette reconnaissance officielle par l'État vient récompenser plusieurs années de travail.