En supplément du masque, les visières en plastique permettent de renforcer la protection contre les postillons et d'éviter des projections dans les yeux, non couverts par le masque. Utile pour la lutte contre la pandémie de Covid 19 ! Et puisque cette période si particulière met en lumière aussi bien les mauvais aspects de la nature humaine - comportements inciviques de dévalisation des magasins, non respect de la distanciation sociale, abandon de gants et masques usagés sur la voie publique par exemple - que les meilleurs, un vaste élan de solidarité a donné naissance sur les réseaux sociaux au mouvement Visière solidaire. Il s'agit de la fabrication de ces visières en plastique, effectuée bénévolement à l'aide d'une imprimante 3D, mises ensuite gracieusement à la disposition des personnes qui sont particulièrement exposées à la contamination. Pour simplifier, une imprimante 3D utilise différents matières (bois, céramique ou, en l'occurrence, plastique) pour les déposer en fines couches, suivant un programme informatique qui fait office de plan de fabrication, jusqu'à obtenir l'objet voulu.

Trois Fosséens " makers " de visières

À Fos-sur-Mer, trois makers (faiseurs en anglais), ainsi qu'on les nomme dans le jargon des imprimantes 3D, sont à pied d'œuvre pour façonner ces visières.

Ludovic Leonis a créé il y a cinq ans LL Création, La Boutique de l'informatique, dans la galerie marchande des Vallins. Son activité, destinée aux particuliers comme aux entreprises, englobe matériel, maintenance et dépannage informatique, création de sites Internet et d'applications professionnelles. Avec le confinement, seule la maintenance informatique est actuellement autorisée. Autant dire que Ludovic dispose de temps. Et qu'il possède dans son magasin plusieurs imprimantes 3D. " C'est la pharmacienne à côté de mon magasin, qui avait besoin de se protéger des postillons, qui est venue me voir pour me demander de me renseigner à propos de ces visières, raconte-t-il. Alors j'ai trouvé sur Facebook ce groupe Visière solidaire et j'ai décidé d'y participer. Je fais tourner les imprimantes 3D du magasin toute la journée et toute la nuit. Depuis 15 jours, j'ai fabriqué environ 50 visières. Je les ai données à ma pharmacienne ainsi qu'à une autre pharmacie, à la société Europe santé, à des infirmières libérales obligées de se déplacer chez des personnes malades, à des docteurs, à la Police de l'air et des frontières, à Marignane, au contact avec des personnes étrangères possiblement porteuses du virus... Les demandes passent par le réseaux sociaux. " Qu'est-ce qui motive Ludovic pour s'investir dans cette action ? " Protéger ceux qui nous protègent, résume-t-il. Si les pharmacies ferment, par exemple, on ne peut plus se soigner ! "

" Protéger ceux qui nous protègent "

Damien Dailcroix y va lui aussi de la confection de ses visières. À 35 ans, raffineur à Lavéra, il ne travaille qu'une semaine sur trois, son entreprise fonctionnant en effectifs réduits. Et il possède une imprimante 3D, qu'il utilise pour son hobby de maquettiste, fabriquant avec de petites pièces ou des éléments de décors. " Quand j'ai vu que les personnels soignants, pourtant prioritaires, n'ont pas grand chose à leur disposition, j'ai cherché comment faire quelque chose de constructif, explique-t-il. Il est ressorti sur les réseaux sociaux que ces écrans faciaux sont bien accueillis par les personnels hospitaliers et les médecins, alors je me suis lancé là-dedans. " Aujourd'hui, il en a fabriqué environ 200 : " J'en fais cinq en même temps ; l'impression prend environ cinq heures, précise-t-il. Pendant que ça imprime, je fais le montage avec les élastiques. Et je lance une dernière impression quand je vais me coucher : ça tourne H24. " La veille de notre conversation, Damien avait apporté 40 visières à la police municipale de Fos et, le lendemain, il en avait 50 à livrer à l'hôpital de Martigues. Il en donne aussi aux infirmières libérales, aux pharmaciens, aux pompiers... " Ça prend du temps, mais j'en ai, ainsi que le matériel et les compétences pour le faire. Alors plutôt que regarder la télé... Le coût de revient d'une visière est de 65 à 70 centimes. Je préfère les mettre là-dedans plutôt que répondre à des appels aux dons dont je ne sais pas ce qui sera fait exactement de cet argent. Ma démarche est civique. "

Mathieu Colegno, 26 ans, cadre dans les Travaux publics actuellement en activité réduite et en télétravail, fabrique lui aussi ces écrans faciaux, à raison d'une dizaine par jour : " En tant qu'ancien pompier volontaire, je sais ce que c'est que d'être confronté au danger et tous les moyens sont bons pour se protéger. Alors j'aide les gens qui sont en première ligne. Je sais aussi que ça fait chaud au cœur de se sentir soutenu par la population... " Personne ne le contredira. À la différence de nos deux autres makers fosséens, au carnet de commandes plein, Mathieu a des écrans faciaux à disposition : n'hésitez pas à le contacter à l'adresse mat-colegno@orange.fr.