« C’est une première en France ! », a souligné le Premier adjoint Jean Hetsch, ouvrant la réunion publique du 16 janvier de présentation des résultats finaux de l’étude Fos Epseal (Étude participative en santé environnement ancrée localement). La méthodologie de recherche utilisée est née aux États-Unis et mêle sociologie, épidémiologie et anthropologie. Pas moins de 818 foyers ont été interrogés à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, qui représentent environ 2000 personnes (dont 454 enfants), soit plus de 8% de la population de ces villes. Objectif : obtenir comme une photographie instantanée de l’état de santé des habitants à l’instant T. « La pollution est quelque chose d’insidieux, poursuit Jean Hetsch. On la mesure mais, par exemple, les indicateurs retenus par les pouvoirs publics ne prennent en compte que les particules fines et pas les ultrafines. Et l’on sait par les travaux de l’Institut écocitoyen que celles-ci sont présentes à Fos-sur-Mer. On ignore quel est l’impact de l’accumulation des pollutions, quels sont ses effets sur notre organisme. C’est pour cela qu’il est essentiel de disposer de la connaissance réelle et scientifique de ces phénomènes, pour pouvoir obtenir de l’État et des industriels une diminution de cette pollution. »

L’impact sur la santé des Fosséens mesuré par l’étude n’est pas négligeable. Avec plus d’asthme, de cancers ou de diabètes qu’ailleurs, ils souffrent davantage de symptômes et maladies chroniques que la moyenne nationale : + 5,5% d’asthmatiques par rapport à la moyenne française, + 4,5% de personnes atteintes ou ayant été atteintes de cancers et + 5,6% de diabètes, toujours par rapport à la moyenne nationale. Une  majorité du panel interrogé rapporte au moins un symptôme (irritation des yeux, symptômes nez ou gorge, maux de tête, problèmes de peau…) ou une maladie chronique (maladies respiratoires, affections dermatologiques, cancers, maladies auto-immunes, endocriniennes et diabètes). Pourtant, 72% des personnes sondées jugent leur santé bonne ou très bonne. Néanmoins, la population est sensibilisée : « Les habitants sont préoccupés par la qualité de leur environnement, les sources locales de pollution et leurs liens avec leur santé, résume le rapport final de l’étude. Ils font la chronique d’une pollution devenue ordinaire, de débordements industriels qui se cumulent à d’autres formes d’exposition locale à la pollution et ils aimeraient que leur voix soit entendue afin d’améliorer la situation sanitaire et environnementale locale, dans une perspective de justice environnementale. » Les 72 pages du rapport, en téléchargement ci-dessous, constituent une mine d’informations sur le ressenti des riverains de ce que les chercheuses nomment le « front industriel » et fourmille de témoignages. En exergue, ce mot du biologiste Jean Rostand, déjà cité dans le rapport du Haut conseil de la Santé publique en 2013 : « L’obligation d’endurer nous donne le droit de savoir. Et le fait de savoir nous offre la possibilité du changement. »

Les résultats de l'étude Fos Epseal seront croisés avec celle que mène l'Institut écocitoyen, Index, afin de mieux appréhender les impacts sur la santé de l'environnement qui caractérise les villes fortement industrialisées, comme Fos-sur-mer, et de pouvoir imposer des mesures de prévention et de réduction des émissions... pour le bénéfice de tous, salariés des entreprises et habitants.

 

Téléchargez le Rapport final de l'étude Fos Epseal