Depuis le début du confinement, les journées de Tayeb Nedjar commencent de bonne heure : pour se rendre au Marché d'intérêt national de Marseille, aux Arnavaux, lever à 1h30 ! L'objectif est d'être parmi les premiers servis pour proposer à sa clientèle des fruits et légumes frais de provenance locale.

Depuis neuf ans, Tayeb tient avec son épouse Anne-Marie Le Petit potager, le primeur du centre commercial de La Jonquière. « Normalement, il va aux Arnavaux deux à trois fois par semaine, mais depuis le confinement, c'est tous les jours, explique Anne-Marie. S'il se levait trop tard, il aurait moins de choix : il n'est pas tout seul là-bas ! Il rentre à Fos vers 5h30 et nous installons alors l'étalage du magasin. » Toute la matinée, Le Petit potager reçoit ses clients, « deux maximum à l'intérieur et en respectant bien les gestes-barrières ».

Désormais, l'établissement est fermé l'après-midi : « Il y avait très peu de monde qui venait et il faut que nous nous organisions pour tenir dans la durée, explique la commerçante. L'après-midi, Tayeb est à notre deuxième magasin, à Istres. Avec des journées comme ça, à 21h, il n'y a plus personne ! Mais il garde le moral – il l'a toujours. Il fait ce qu'il a à faire pour que les clients soient contents. En ce qui me concerne, moi, je prends les commandes l'après-midi. Je les limite à une vingtaine chaque jour pour pouvoir les servir le lendemain. » Parce que la nouveauté de la période concerne la vente à emporter et les livraisons : « Les gens ont peur d'aller dans les grandes surfaces, commente Anne-Marie. C'est quand même dommage qu'il faille une crise sanitaire comme celle que nous vivons pour qu'ils redécouvrent les petits commerçants ! » Les clients peuvent donc commander ce qu'ils viennent ensuite chercher au magasin ou bien se faire livrer directement chez eux.

 

L'ami livreur bénévole 

 

L'homme qui assure les livraisons pour Le Petit potager n'est pas un salarié mais un ami du couple, Philippe Soulat : « Je suis un employé de la mairie qui ne travaille pas en ce moment, confiné chez moi, explique-t-il. J'ai  proposé mes services à Anne-Marie et Tayeb par amitié, plutôt que rester chez moi sans ne rien faire. » Depuis le 23 mars, bénévolement, il consacre ses matinées aux livraisons : « J'arrive au magasin vers 8h30, je charge les commandes dans l'utilitaire du Petit potager, je prépare mon itinéraire avec le GPS – je connais bien Fos, où j'habite depuis 40 ans, mais j'ai découvert des ruelles, allées et impasses que je ne connaissais pas – et je pars faire ma tournée, armé de mon masque et de mes gants, avec les adresses et numéros de téléphone des clients, détaille-t-il. Devant chez eux, je sonne ou les appelle et le portail s'ouvre, je dépose la marchandise où ils me le demandent et ils me règlent en chèque ou en liquide. Je prends soin de rester à 2 ou 3 m, sauf pour prendre leur règlement. Selon les matinées, je fais entre 10 et 18 livraisons. Je rentre au Petit potager vers 13h, j'aide Anne-Marie et Tayeb à ranger le magasin et je suis rentré chez moi vers 14h. » Comment vit-il cette nouvelle activité ? « L'accueil est plein de gentillesse. Les gens me disent "Heureusement que vous êtes là", "On ne vous oubliera pas", ils sont vraiment contents. Une dame, qui vit avec un enfant malade, m'a dit : "Ça me fait plaisir de vous voir ; ça fait 15 jours que je n'ai parlé à personne et que je ne suis pas sortie de mon jardin". Je rencontre des gens sympathiques et intéressants, de tous âges, de tous les quartiers et toutes conditions sociales. J'ai la satisfaction personnelle de me sentir utile aux autres, aux Fosséens. Le plus beau compliment que j'ai reçu vient de ma femme qui m'a dit : "Je suis fière de toi ! »