C'est à une commémoration véritablement exceptionnelle qu'étaient conviés ce matin les Fosséens, à la hauteur de l'événement célébré : les cent ans de la signature de l'Armistice de la Première Guerre mondiale. Aussi la foule des grands jours avait-elle répondu à l'appel, avec près de 1000 personnes rassemblées devant le monument aux morts, square Clemenceau. « Une cérémonie qui fera date », a commenté René Raimondi.

Auparavant, le défilé était parti de la place de l'Hôtel de ville, au son de la fanfare Libération orchestra, spécialisée dans ce type de cérémonie, venue spécialement de Lunel. Les porte-drapeaux des anciens combattants marchaient en tête, suivis par les soldats du 25e régiment du génie de l'air de la base aérienne d'Istres, la Réserve communale de sécurité civile, la Police municipale, l'association Fos costumes d'antan et les enfants de l'école Gilbert-Del Corso, du collège et du Conseil municipal des jeunes, les élus fermant la marche. En chemin, ce cortège a fait une halte place de la République, où les enfants ont chanté pour la première fois La Marseillaise - ils l'entonneront en tout trois fois durant la commémoration -, les collégiens interprétant même le deuxième couplet, qu'ils avaient appris pour l'occasion.

Arrivé au square Clemenceau, devant le monument aux morts, le défilé a cédé sa place à la cérémonie proprement dite, qui a débuté par la décoration de deux sapeurs de l'ordre de la Défense nationale, puis par l'émouvante lecture de lettres de poilus par trois écoliers, terribles témoignages du calvaire enduré dans les tranchées. Ensuite a été diffusé l'enregistrement d'autres lettres, imaginaires celles-là, écrites par des collégiens d'André-Malraux l'année dernière, qui s'étaient mis dans la peau des malheureux soldats. A suivi le rituel des dépôts de gerbe, avant que ne soient égrenés un à un les noms des 38 poilus fosséens, ponctués de « Mort pour la France » repris en chœur par les enfants. Pour chacun de ces hommes « tombés en héros », comme le dira le maire, un enfant est venu déposer une marguerite bleue, blanche ou rouge.

Enfin, René Raimondi a inauguré la fresque monumentale qui orne toute la façade de la Maison du combattant et de la salle Eugène-Hertsoën, en compagnie de son auteur, le peintre Pierre Buraglio. Ce dernier a expliqué en quelques mots le sens de cette œuvre - plus de détails dans notre dossier complet Cent ans de mémoire -, qui met en exergue une citation de Jean Jaurès : « Paix au peuple. Guerre à la guerre, la phrase de Jaurès est forte, son choix a immédiatement fait écho en moi et j’ai été heureux que nos associations patriotiques épousent ce propos, a déclaré le maire. Cette œuvre procède d’une démarche collective et j’en remercie tous les protagonistes. (…) Le résultat est aujourd’hui devant vous, il entre dans le patrimoine de la ville et dans le cœur des habitants. Car le centenaire de l’armistice est une occasion exceptionnelle. Nous parlions ici même l’an dernier des mémoires vives du conflit qui nous ont toutes quittés : Lazare Ponticelli en 2008 et le dernier poilu au monde en 2011 en Australie. Les commémorations sont donc essentielles et l’occasion du centenaire unique. (…) Le 11 novembre 1918 marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale et la victoire des alliés. La fin des combats est avant tout celle d’une saignée invraisemblable dans une génération d’hommes dont près de 10 millions ne sont pas revenus du front, et parmi eux 1,4 millions de Français. Nous n’aurons jamais fini de penser avec une grande humanité patriotique à la valeur de leur sacrifice. La paix en tant que telle sera entérinée en juin 1919 par le traité de Versailles et l’histoire du XXe siècle nous a montré la fragilité de telles signatures, qui n’effacent pas les ressentiments. Il a fallu y revenir 20 ans plus tard et nous ne rappellerons jamais assez que nous sommes redevables à la construction européenne d’avoir ouvert en Europe une ère de paix qui dure depuis plus de 70 ans. En associant la jeunesse, nous donnons tout son sens à la transmission. (…) Vous le voyez, ce centenaire, nous l’avons aussi voulu vivant, intergénérationnel, point d’ancrage d’une citoyenneté qui se transmet. (…) Jaurès a senti venir le vent mauvais des nationalismes, la fragilité de la paix devant l’étincelle de la haine. Et ceci doit demeurer dans nos esprits, aux côtés de l’hommage aux combattants dont ce centenaire doit être la plus belle expression. La place Georges-Clemenceau, celle où nous sommes, et l’avenue Jean-Jaurès sont contigües : le combattant et l’homme de paix ont droit de cité dans la même célébration. L’œuvre de Pierre Pierre Buraglio ne pouvait que se trouver ici. »

Retrouvez le reportage photographique complet sur la page Facebook de la Ville.