Le 19 mai, au Palais des sports de Marseille face à l’Asvel, Mamadou Dia a foulé pour la dernière fois les parquets pour le clap de fin de sa carrière professionnelle. Longuement étreint par tous ses coéquipiers et le staff, l’exemplaire capitaine de Fos Provence basket tire sa révérence avec beaucoup de « fierté », un mot qui reviendra un nombre incalculable de fois durant l’entretien qu’il nous a accordé.

 

Mam’ a toujours eu cette fraîcheur mentale qui est sa force. En plus d’être le garant des valeurs du club au sein du groupe, et un relais pour moi, il a toujours répondu présent sur le terrain, c’est un vrai compétiteur !

Rémi Giuitta, qui a fait de lui le capitaine de l’équipe depuis sept ans

 

Quelle carrière ! Quatorze saisons avec Fos et trois montées, de Nationale 2 jusqu’en Jeep Elite : auriez-vous imaginé accéder au plus haut niveau du basket français ?

Mamadou Dia : Même pas en rêve ! (rires) Avec une bande de copains, nous avons vécu une aventure humaine. Entre Fos et moi, il y a eu une fusion. Quand je jouais à Feurs puis à Saint-Chamond et que j’affrontais Fos, je ressentais une chaleur dans ce groupe. Je connaissais Rémi Giuitta et l’un de mes meilleurs amis jouait à Fos, alors j’y ai signé.

 

 

Pourquoi avoir décidé de mettre un terme à votre carrière ?

M.D : C’est une nouvelle ère, c’est sociétal. Les mentalités ont changé, tout a changé, même mes enfants ! Ou tu l’acceptes, ou tu t’en vas. Je ne peux pas dire que c’est malheureux, c’est juste comme ça. Regarde les jeunes, là [Durant l’entretien réalisé dans les tribunes de la Halle des sports, se déroule un entraînement en bas, sur le parquet]. Moi, de mon temps, c’était 90% de respect. Quand mon entraîneur me parlait, j’étais comme ça [Il baisse la tête en s’inclinant vers l’avant]. Aujourd’hui, je ne veux pas dire qu’il n’y a plus de respect, mais je dirais qu’il y en a 60%.

 

Que retenez-vous finalement de cette épopée fosséenne ?

M.D : Quand je pense à ça, je pense à Nathalie, Lulu, Rémi Giuitta et son père Henri, Jean-Pierre Barnés [président du club], le kiné Hervé Gozzi, des personnes qui étaient là depuis le début. C’est à eux que je pense. On ne le dit pas assez parce que Rémi est modeste, mais ce qu’il a fait, monter de Nationale 2 en Jeep Elite, c’est énorme ! Et moi, j’étais là au tout début, c’est une fierté.

 

Ce mot de fierté revient beaucoup dans votre discours…

M.D : Oui. Ma fierté, c’est que quand je suis arrivé ici et que je rentrais en région parisienne [D’où Mamadou est originaire], je disais que je jouais à Marseille (rires) ! Personne ne savait qu’il y avait une équipe de basket à Fos. Aujourd’hui, tout le monde est au courant, Fos existe sur la carte du basket français, c’est une immense fierté. Ce n’est que du bonheur. Les gamins sont fiers de nous dans les écoles… De tout en bas, une toute petite ville, on est arrivé tout en haut. Personne n’y croyait mais on l’a fait ! Aujourd’hui, je peux mourir en paix, c’est vrai ! Vous pouvez l’écrire : « Mamadou dit qu’il mourra à Fos » !

 

Revivez les dernieres minutes de Captain Mam’ sur le parquet fosséen :

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Vous n’allez donc pas retourner en région parisienne ?

 

M.D : Non. Toute ma famille est en région parisienne, elle me manque, mais mes enfants sont nés ici. Fos, c’est mon club, c’est ma ville. Je serai toujours là, pour accompagner les gamins ou autre chose… Aujourd’hui je pense à mon grand frère, mon papa – je veux dire mon père spirituel -, Jeannot Gueye. [Soudain, le colosse de 2m06 fond en larmes. Il poursuit, la voix brisée.] Il serait fier de nous. Il nous voit de là-haut et je sais qu’il est fier de ce que nous avons accompli.

 

Jeannot Gueye, légende du basket fosséen et Sénégalais comme Mamadou, son « père spirituel », a été trop tôt arraché à l’affection de toute une ville, tant cet homme de cœur était populaire.

Relire notre article de décembre 2015, qui revient sur son parcours de vie, Jeannot Gueye nous a quittés.