Sur la fameuse table de Peutinger, cette copie d'une carte romaine effectuée au XIIIe siècle représentant les routes et les villes principales de l'Empire romain, on nomme ce port Fossis Marianis. Seuls deux ports y sont représentés avec le pictogramme d’une voûte majestueuse indiquant leur importance, celui de Fos et celui d’Ostie, qui n’est rien moins que le port de la ville de Rome !

C’est à la recherche de ce port antique que s’est attelé le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) : « Le fond du golfe de Fos abrite les vestiges d’un complexe portuaire installé entre la fin de la période tardo-républicaine et le Haut-empire [1er au IIIe siècle, Ndlr], au débouché du présumé canal creusé par les troupes du général Marius pour contourner la périlleuse embouchure du Rhône, expliquent les chercheurs. Ce complexe portuaire d’envergure a constitué pendant plusieurs siècles l’un des principaux ports de Méditerranée nord-occidentale, idéalement situé aux portes du couloir rhodanien. Si la richesse, l’abondance et la concentration des vestiges ne laissent que peu d’ambiguïté sur la densité de l’activité portuaire au cours du Haut-empire, le tracé des Fosses Mariennes, la topographie du secteur portuaire et de l’agglomération antique, la chronologie et le fonctionnement des aménagements restent extrêmement mal définis et paradoxalement peu étudiés au regard du potentiel archéologique et de l’importance historique du secteur. La reprise du dossier archéologique, initiée en 2012 et développée dans le cadre d’un programme collectif de recherche depuis 2016, vise à reprendre l’ensemble des problématiques concernant l’implantation, le fonctionnement et l’abandon du port antique de Fos et de sa liaison avec Arles via le canal de Marius. L’essentiel des vestiges, connus à ce jour, relatif à l’espace portuaire de Fos est aujourd’hui immergé par plusieurs mètres d'eau dans l'anse Saint-Gervais à Fos-sur-Mer. »

C’est donc là que se relaient depuis le 14 mai et jusqu’au 9 juin l’équipe de la mission du Drassm. Elle est formée, autour de l’archéologue Souen Fontaine, sa responsable, de 18 à 22 personnes chaque jour, plongeurs-archéologues, photographe, chef opérateur, du capitaine du Triton, ce bateau construit en 2016 spécialement pour les recherches archéologiques, ainsi que de huit étudiants internationaux. L’ensemble du programme inclut 48 chercheurs.

Où en est-on aujourd’hui et quelles découvertes ont-elles d’ores et déjà été faites ? C’est à ces questions qu'a répondu la conférence du 30 mai, à 18h30 à la Maison de la mer, devant plus de 80 personnes. Il y a notamment été abordé un alignement de pieux en bois de près de 200 m de long, daté du Ier siècle, la structure d’un édifice de grande dimension aux modalités de constructions très proches de celles du cirque d’Arles… Agglomération antique, entrepôts, quais… Peu à peu, la topographie du port antique se dessine, mais subsistent encore au puzzle bien des énigmes : quels bâtiments ont-ils été construits sur terre et lesquels sur l’eau ? Et quel événement s’est-il produit qui entraîne la montée des eaux ou la descente de la structure, aujourd’hui entièrement immergée entre 1 m et 4 m de profondeur ? Souen Fontaine a fait le point complet hier soir, sans encore pouvoir dissiper tous les mystères. De nombreuses années de travail seront encore nécessaires pour percer les secrets du port antique Fossis Marianis.